Question de synthèse

corrigé

1 - TRAVAIL PRÉPARATOIRE

THÈME : La délinquance juvénile

DOCUMENT 1 - La délinquance des mineurs ( en % des personnes mises en cause )

                                            ( Source : Ministère de l’intérieur )

Q1 - Calculez le nombre d’actes délinquants commis par les mineurs et son taux de variation entre 1987 et 1997. Faites une phrase avec vos résultats ( 1 pt )

Q2 - Quels sont les crimes ou les délits dans lesquels les mineurs sont les plus impliqués ? Justifiez votre réponse ( 1 pt )

Q3 - Quelles sont les informations importantes de ce document ? ( 2 pts )

Q4 - Quelles critiques pouvez-vous faire à ce type de statistiques ? ( 2 pts )

DOCUMENT 2 - Évolution du nombre d’hommes de 15-24 ans et du nombre de vols en France

Q1 - Quelle relation pouvez-vous établir entre l’évolution du nombre de jeunes hommes et l’évolution des vols ? ( 2 pts )

DOCUMENT 3 -

       Quel que soit l’interlocuteur du groupe, juge ou travailleur social, les premières séances de travail des groupes de jeunes commencent par la description de la désorganisation sociale de la vie des cités. Le vocabulaire est toujours le même, celui de la pourriture et de la merde. “On est pourris, on vit dans un contexte pourri, on vit dans des bâtiments pourris.”[...] Mais pour les jeunes, la pourriture n’est pas une simple affaire de décor. Elle est aussi faite de relations hostiles ou tendues. Bien souvent les jeunes décrivent les gens des cités comme des fous ou comme des “dingues”. “Tu vois les bouteilles tomber du dixième étage, pour s’amuser, il y a des gens qui jettent des trucs par la fenêtre. Une fois, ça a été un gros cendrier...Souvent, il y a des mômes qui prennent du plomb dans le cul”. Les gens ne se parlent pas, se méfient, sont agressifs et désaxés. L’activité délinquante est présentée sur un mode banal et fait partie du tableau de la désorganisation. En effet, les dingues sont aussi des jeunes qui sont, comme les autres et peut-être plus encore, victimes des vols et des agressions. La délinquance de la cité est aussi la délinquance dans la cité et les voleurs volent d’autres pauvres qu’eux.

       “Le jeune, il est paumé, alors il vole pour trouver des limites”. Une enquête montre ainsi que l’ensemble des jeunes explique moins la délinquance par des facteurs sociaux que par des problèmes personnels et familiaux ; Pascal : “J’ai trois frangins, plus ça va, plus les parents sont largués...C’est moi qui règle leurs problèmes, mes parents savent pas quoi faire, c’est pas leur faute...Mon père, il essaye de me parler, je le repousse. Des problèmes, je vois il y a des fois où ils pourraient en parler. Je sais pas comment les aborder, et eux non plus ne savent pas comment m’aborder...Ils essaient de comprendre avec les idées qui sont vieilles, c’est ça le problème.”

       Contrairement à l’image de la famille immigrée unie par la tradition, les jeunes suggèrent la désagréga- tion et une grande souffrance. Brahim explique : “J’accuse pas mes frères, mais il y a un laisser-aller qui se répand sur les enfants”. Le père voit son autorité s’effriter et devient violent, les frères aînés, c’est-à-dire les jeunes eux-mêmes, sont un bien mauvais exemple.[...]

       L’exclusion est ressentie comme une situation qui provoque deux types de réaction. La première est un sentiment d’aliénation, d’impuissance, dans lequel le sujet intériorise l’échec et le plonge dans l’apathie puisqu’il perçoit sa vie comme un destin.[...]

       Tous les jeunes racontent les changements d’attitude des policiers qui repèrent leur adresse lors des contrôles d’identité. L’appartenance à la cité stigmatise et fait peser un soupçon de culpabilité. “Déjà la façon de te regarder !” Les jeunes immigrés se sentent évidemment encore plus exclus et rejetés dans la recherche d’emploi et par la police unanimement perçue comme raciste. La vie quotidienne est ponctuée par cette exclusion.

       La seconde, au contraire, conduit - conformément à “l’innovation” selon Merton - vers une activité souvent délinquante, afin de renverser les barrières souvent opposées à la participation et à l’intégration. “Il n’y a plus de responsabilité, il n’ y a pas de travail, donc il y a pas de loisirs, donc on va voler pour s’habiller car il faut s’habiller dans notre société. C’est basé sur des choses superficielles, mais on est contraints, et c’est toute la société qui nous tombe dessus après, c’est les délinquants, car aller voler des sapes, c’est une manière de s’intégrer, mais on n’a pas d’argent, on n’a pas de boulot, parce que la société n’est pas faites pour les jeunes”. Paraphrasant Merton, dont il ignore évidemment l’existence, Sylvain explique que la délinquance est un effet du conformisme frustré.

( Source : François Dubet, La galère, les jeunes en survie, Fayard, 1987 )

Q1 - Quels sont les éléments du texte qui montrent que les jeunes des cités ont du mal à être intégrés et régulés par la société ? ( 2 pts )

Q2 - Quelles peuvent être les conséquences de ce manque d’intégration ? ( 2 pts )

Q3 - Expliquez le dernier paragraphe du texte ( 2 pts )

Q4 - La violence dans les cités est-elle seulement un acte délinquant ? ( 1 pt )

2 - QUESTION DE SYNTHÈSE

       La délinquance juvénile peut-elle être attribuée à un manque d’intégration des jeunes dans la société ?

Q1 - Reformulez la question du sujet ( 1 pt )

Q2 - Donnez un titre à vos deux parties et présentez les principaux points de votre argumentation à l’aide de vos réponses aux questions du travail préparatoire ( 4 pts ).

CORRECTION DE LA QUESTION DE SYNTHESE

1 - La délinquance juvénile :

Q1 - Le nombre d’actes délinquants commis par des mineurs est passé de 408 000 en 1987 à 717 000 dix ans plus tard, soit une augmentation de 75,9%.

Q2 - Les mineurs sont sur représentés dans les vols et la destruction des biens. Un vol sur trois et deux destructions de biens privés sur cinq sont commis par des mineurs en 1997 alors qu’ils ne sont responsa- bles que d’un acte délinquant sur cinq la même année.

Q3 - La délinquance des mineurs augmente prés de 9 fois plus vite que la délinquance totale ( + 75,9% contre + 8,8% entre 1987 et 1997 ). La part des mineurs dans la délinquance reste toutefois largement minoritaire ( 20% des actes de délinquance sont le fait de mineurs ). Les mineurs sont spécialisés dans certains actes délinquants : vols, dégradations mais sont beaucoup moins impliqués dans les meurtres, la drogue, les viols...

Q4 - Ces statistiques rendent imparfaitement compte de la délinquance juvénile. D’une part, elles excluent les 18-25 ans qui sont majeurs mais restent jeunes. D’autre part, elles peuvent sous-évaluer le phénomène car tous les actes délinquants ne sont pas rapportés à la police, surtout s’il s’agit de mineurs qui les ont commis. De plus, elles mesurent essentiellement l’activité de la police qui s’est peut être plus intéressée aux trafics de drogues qu’aux vols de cyclomoteurs. Enfin, la législation sur la délinquance a pu changer en dix ans, ce qui a fait entrer ( ou sortir ) certains actes des statistiques de la délinquance.

Q1 - Une corrélation semble s’établir entre la croissance du nombre de jeunes et celle du nombre de vols en France entre 1966 et 1976. La montée de la délinquance serait due au rajeunissement de la population. Cependant, cette corrélation est loin d’être assurée car, entre 1976 et 1996, le nombre de jeunes stagne, voir diminue, alors que le nombre de vols continue à croître.

Q1 - Les jeunes des cités subissent l’exclusion à plusieurs niveaux. Leurs relations sociales et familiales sont pauvres ( Les gens ne se parlent pas,...Mon père, il essaye de me parler, je le repousse...). Ils subissent la ségrégation spatiale ( On vit dans un contexte pourri, on vit dans des bâtiments pourris...). Ils connaissent plus que les autres l’échec scolaire et le chômage ( Il n’y a pas de travail...). Ils rencontrent le racisme au quotidien ( Déjà la façon de te regarder...). Ce manque d’intégation peut provoquer de l’anomie, c’est-à-dire un manque de régulation sociale ( Le jeune, il est paumé, alors il vole pour trouver des limites ).

Q2 - Ce manque d’intégration peut déboucher sur la naissance de bandes délinquantes qui sont des groupes sociaux qui assurent l’intégration des jeunes à la place des grandes institutions intégratrices défail- lantes ( famille, école...). Il peut aussi déboucher sur l’émeute et les violences urbaines, ce qui permet aux jeunes des cités d’être reconnus socialement et de faire réagir les autorités publiques.

Q3 - Pour R.Merton, la délinquance juvénile n’est pas due à un manque d’intégration des jeunes. En effet, les jeunes adhèrent aux valeurs d’enrichissement de la société capitaliste mais ils sont privés des moyens légaux pour accéder aux richesses. Le vol est donc un moyen d’y parvenir et de s’intégrer.

Q4 - La violence dans les cités peut être considérée statistiquement comme un acte délinquant ( destruc- tions de biens publics ). Mais, elle peut aussi être considérée comme partie intégrante des conflits sociaux. Les jeunes des cités essayent de s’intégrer dans le jeux politique pour obtenir une reconnaissance sociale au même titre que les femmes, les homosexuels, les ouvriers...

       Sujet = La violation de la législation, par une partie des 15-25 ans, a-t-elle pour facteur principal leur exclusion sociale ?

1 - Le manque d’intégration des jeunes peut être un facteur de délinquance...

   A - L’affaiblissement des grandes institutions intégratrices...

·    Affaiblissement de la famille

Ségrégation spatiale et scolaire

Montée du chômage et de la précarité

   B - Peut expliquer la montée de la délinquance juvénile

·    Explications de Durkheim : égoïsme et anomie

Les faits : montée des vols et des dégradations

2 - Mais on ne doit pas oublier la capacité de la société à exclure et la volonté des individus à s’intégrer

   A - La délinquance est un effet de la stigmatisation sociale

·    Explications de Becker : stigmatisation d’une partie de la population

Les statistiques ne sont que le reflet de cette stigmatisation

   B - La délinquance est liée à une stratégie d’intégration

·    Explications de Merton : la délinquance est un moyen de s’intégrer

Forte corrélation entre vols et enrichissement de la société