La politique monétaire sous contrainte

 Première partie : La politique monétaire

Définition : c’est l’ensemble des moyens mis en œuvre pour agir sur l’évolution de la masse monétaire

Avant d’analyser les contraintes qui pèsent aujourd’hui sur la politique européenne, il convient de rappeler les objectifs et les instruments de la politique monétaire selon deux axes d’étude :

I / Objectifs et instruments

A) Les objectifs

La politique monétaire a pour objectif général d’adapter le mieux possible l’offre de monnaie du système bancaire aux besoins des agents économiques en vue d’obtenir la régulation de l’activité à court et moyen terme qui déboucherait sur une croissance sans inflation et riche en emplois

Deux types de politique monétaire :

  1. La politique monétaire expansionniste : elle n’est dans la logique keynésienne qu’un instrument d’accompagnement de la politique budgétaire et permet d’avoir des taux réels faibles.® Politiques économiques des " Trente Glorieuses " : la politique monétaire est alors une

    composante des politiques économiques qui visent à atteindre le " carré magique "

  2. La politique monétaire restrictive ou politique monétariste : le seul objectif est la stabilité de la valeur de la monnaie via la maîtrise de l’inflation en augmentant par exemple les taux d’intérêt (rappel de la théorie quantitative et du contrôle de la masse monétaire).® Politiques de rigueur en réponse au second choc pétrolier : politique monétariste aux USA dès 79 et désinflation compétitive en France dès 83

Deux types d’objectifs  à partir de 94 en France et jusqu’au 31 décembre 98

B) Les instruments

L’idée générale est d’agir sur les contreparties de la masse monétaire, notamment sur la distribution de crédits accordés par les banques .

Plusieurs instruments existent :

L’instrument privilégié est à partir de 94 le taux directeur ou taux d’intervention de la banque centrale : pour simplifier il s’agit du taux d’intérêt à court terme auquel la Banque centrale procure des liquidités aux banques pour leur propre refinancement . En augmentant ce taux, la banque centrale contraint les banques à augmenter les taux qu’elles consentent à leurs clients.

II / La politique monétaire européenne

Depuis le 1er janvier 99 la politique monétaire est définie et mise en œuvre pour l’ensemble des pays de la zone euro, par le SEBC . La Banque de France a donc perdu son autonomie en la matière. Désormais les taux d’intérêt à court terme sont les mêmes dans toute la zone.

A) Le système européen de banques centrales

Le SEBC est composé de la BCE et des banques centrales nationales. Il est dirigé par les trois instances de décision de la BCE : le conseil des gouverneurs, le Directoire et le Conseil général.

B) Objectifs et instruments de la politique monétaire unique

1. Les objectifs

L’objectif final du SEBC

C’est celui de la stabilité des prix (hausse annuelle des prix à la consommation de moins de

2 %) : il s’agit donc de maintenir l’orientation monétariste.

La disparition des objectifs intermédiaires

Le SEBC n’a pas d’objectif explicite de change pour l’euro et laissera le marché déterminer la place de l’euro par rapport au dollar : il se contentera de suivre l’évolution de l’agrégat M3 pour la zone euro.

2. Les instruments

La BCE ne peut agir qu’indirectement sur la croissance de la masse monétaire . Ce contrôle se fait par une action sur la liquidité bancaire : par exemple si elle juge la croissance de la masse monétaire excessive elle assèchera la liquidité du marché et (ou) augmentera le coût du refinancement . Elle dispose pour son action de trois instruments : les opérations d’open market, les facilités permanentes et les réserves obligatoires.

Important : toutes ces opérations sont gérées par les BCN

Les opérations d’open market

Ce sont les opérations réalisées sur l’initiative de la BCE sur le marché interbancaire : elles permettent d’agir sur la liquidité bancaire par des reprises ou des apports de liquidités, d’influencer les taux du marché et de renseigner sur les orientations de la politique monétaire.

Les facilités permanentes

Elles permettent à la Banque centrale d’approvisionner ou de retirer au jour le jour (à 24 heures) des liquidités du marché et d’encadrer les taux du marché interbancaire en déterminant le taux plafond et le taux plancher.

Les réserves obligatoires

Le SEBC impose aux établissements de crédit de constituer des réserves obligatoires sur leurs comptes dans leurs BCN respectives . Pour réduire la liquidité bancaire la BCE peut augmenter le taux ou l’assiette des RO.

Conclusion : depuis le 1er janvier 99 la Banque de France met en application des décisions prises au niveau européen . Ses interventions sur le marché interbancaire français s’effectuent en euros, et non plus en francs, pour le compte de la BCE . La gestion des opérations de refinancement décidées par la BCE est totalement décentralisée au niveau de la Banque de France.

 

Deuxième partie : Les contraintes

La contrainte se situe à deux niveaux :

I / La politique monétaire est désormais européenne

  1. Une nouvelle politique de change

    Les taux de change de l’euro contre le dollar et le yen sont flottants : le cours évolue en fonction de l’offre et la demande sur le marché des changes, mais aussi des interventions de la BCE sur ces marchés . Ces interventions dépendent de la politique de change de l’Union européenne.

    Il est désormais impossible de recourir à la dévaluation compétitive pour rééquilibrer les comptes extérieurs ® la politique du change au niveau national disparaît.

  2. La nécessité de repenser les politiques conjoncturelles

Le Pacte de stabilité et de croissance de 1997 fixe les limites de la coopération en matière budgétaire en imposant aux Etats membres des déficits budgétaires inférieurs à 3% de leur PIB : cette contrainte est censée empêcher que les erreurs de politique économique d’un pays aient des conséquences négatives sur l’ensemble de la zone (un gouvernement qui laisserait filer son déficit budgétaire ferait craindre aux marchés financiers que la BCE soit forcée d’intervenir pour le financer, ce qui entamerait la crédibilité de la politique de l’ensemble de la zone et se traduirait par une montée des taux qui pénaliserait tous les pays) .

® Le problème se pose en cas de " choc asymétrique " : le pays touché ne peut plus répondre par une politique monétaire expansionniste et un déficit budgétaire de 3% limite l’efficacité des politiques de relance . Le budget de l’Union tel qu’il existe aujourd’hui est insuffisant pour jouer un tel rôle .

® La solution passe par une coordination optimale des politiques budgétaires, chaque pays conservant une autonomie nécessaire tant que la conjoncture des Etats membres sera différente (certains voient la solution dans la définition d’une politique budgétaire unique en transférant une partie de la fiscalité au niveau de l’Union ).

II / La politique monétaire de l’UE contrainte par la mondialisation

Une forme de contrainte pèse aussi sur la politique monétaire au niveau international : la politique de change de la BCE qui peut soit jouer la carte d’un euro fort susceptible de peser sur les échanges (orientation actuelle) soit celle d’un euro faible favorable au commerce extérieur. Ainsi au cours du dernier trimestre de l’année 2000 l’euro se déprécie par rapport au dollar ; pendant quelques temps la BCE ne réagit pas, laissant ainsi certains pays de l’Union profiter d’une amélioration des comptes extérieurs, mais très vite elle se voit contrainte de remonter ses taux pour ne pas laisser filer l’inflation.

Si la volonté de la BCE est de permettre à l’euro de concurrencer le dollar, sitôt cet objectif atteint les opérateurs arbitreraient librement entre les deux monnaies , ce qui serait source d’instabilité . Apparaîtrait alors la nécessité de coordonner les politiques monétaires américaine et européenne…un déplacement de contrainte à l’échelle internationale.

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