FICHE INFORMATIVE

 

ACADEMIE DE NICE
Collège La Bourgade
17 Allée des Lucioles
06340 La Trinité
Téléphone: 04-93-54-30-10
Télécopie: 04-97-00-12-38
Adresse email: ce.0060910g@ac-nice.fr
Contact: Mlle Sandrine MARTINEZ, professeur de SVT

Mèl : profmartinez@club-internet.fr
Classes concernées: 6ème, 5ème et un groupe de volontaires de tout âge pour le club
Disciplines concernées: toutes

Axe : EEDD
Date de l'écrit: 25 juin 2007

Accompagnateur PASI : Danielle FABRY

Résumé: le jardin pédagogique est un projet mené par un collège en partenariat avec une association de retraités. Par le travail de la terre, nos élèves découvrent l’environnement, le développement t durable et illustrent leur cours de sciences de la Vie et de la Terre. Ce travail non scolaire avec des retraités permet des échanges inter générationnels enrichissants.

 

Mots clés : collège, SVT, éducation à l’environnement, développement durable, vivre ensemble, relations inter générationnelles, club, jardin.

 

 


 

Un jardin pédagogique au collège.

Introduction : présentation de l’équipe innovante.

L’action présentée est celle du jardin pédagogique au collège « la Bourgade », à la Trinité, en périphérie de Nice, dans un quartier populaire  et dans un paysage urbain.

Cette action est coordonnée par Sandrine Martinez, professeur de SVT dans ce collège depuis 4 ans.

L’association avec laquelle le collège travaille est « l’association des jardins ouvriers de la ST2N », association tenue par des retraités de la compagnie de bus de Nice représentés au jardin par M. et Mme Euvrart tous deux décorés de la médaille du mérite agricole.

1. Une description de l’action.

a. Rapide historique de notre jardin.

Le jardin pédagogique est né au collège en mai 2005 suite à la rencontre de la principale du collège, Mme Deschamps, et du président de l’association des jardins ouvrier de la ST2N, M. Henri Euvrart, et sa femme, Mme Marie Claude Euvrart.

Mme Deschamps m’avait alors proposé de créer un jardin pédagogique et nous avions convenu de commencer en mai pour une séance d’essai avec M. et Mme Euvrart. Le résultat était assez maigre : une rangée de salades et une de radis (photo 1, annexe 3).

Cependant, les élèves étaient très enthousiasmés par l’idée, et cela m’a motivée à persévérer.

L’année suivante (2005/2006), nous avons continué l’action avec une classe de sixièmes et une classe de cinquièmes en IDD « Fleurs et senteurs ». Là encore, les élèves ont montré un grand engouement pour le jardin qui a rejailli sur la matière (SVT) avec des moyennes de classe excellentes et une classe investie dans le projet.

Cette année, nous avons développé une sixième à thème « jardin pédagogique », une cinquième « Bio » et un club où nous acceptons tout d’élève motivé à venir.

b. En quoi consiste l’action ?

Je vais, dans ce dossier, parler plus particulièrement de l’action du club « jardin pédagogique ».

L’action consiste au départ à offrir aux élèves une activité leur permettant de travailler la terre et d’en récolter les fruits, en les sensibilisant à la nature et à l’écologie en corrélation avec ce qu’ils apprennent en cours.

C’est donc au départ une action solidement ancrée dans l’éducation à l’environnement et le développement durable. De plus, cela rend les notions du cours de SVT plus accessibles.

On le retrouve dans ce que les élèves disent du jardin (voir l’annexe 2).

Quand je demande ce qu’ils aiment au jardin, ils répondent :

Planter, creuser, enlever les plantes qu’il faut enlever.

Car j’aime bien travailler avec les outils, dans le jardin avec mes copines.

Ou encore Le jardin c’est de la culture générale.

Concrètement, les élèves plantent, bêchent, désherbent, récoltent, mangent, arrosent, sèment, aménagent le jardin… Dans le jardin, nous récoltons de l’eau de pluie pour l’arrosage, mais faisons aussi notre compost.

Nous n’utilisons que des engrais bio et n’avons pour insecticides que ce que dame nature nous donne, les coccinelles, et la répulsion des pucerons pour les oeillets d’inde notamment.

Certes, les limaces et les escargots vivent heureux dans le jardin, mais le principal dévoreur de fraises, fèves, figues, et même de choux crus avant récolte est l’élève !

Ce jardin est aussi une occasion pour les élèves de travailler avec des personnes retraitées.

M et Mme Euvrart sont des personnes âgées qui au départ appréhendaient un peu les problèmes de discipline habituels en collège. Nous eûmes vite la satisfaction de découvrir que les élèves se tenaient bien au jardin.

La relation adolescent/ personne âgée était ici une relation privilégiée, loin de la relation élève professeur. Ici, pas d’insolence, et très peu d’agitation (sauf quand on arrose et quand il fait chaud!). On est très loin de la relation d’autorité professeur élève, génératrice de stress. On se rapproche plus d’une relation grands-parents/petits enfants. Je pense que certains élèves très difficiles au collège viennent y chercher ce contact à l’adulte auquel ils ne sont plus habitués.

Le type d’élèves venant régulièrement au club est très hétérogène. Il comprend des élèves sans histoire et quelques élèves réputés difficiles (cf. annexe1). Le groupe est composé de sixièmes et de cinquièmes, contemporains de la création du jardin. Il y a cette année peu de quatrièmes et de troisièmes.

Le club n’est pas obligatoire et je prends en priorité les élèves les plus assidus, et dans un second temps, les élèves qui désirent venir plus ponctuellement. 

Nous avons pu nous rendre compte qu’au jardin, un enfant n’a plus du tout le « rôle » qu’il s’est attribué dans le groupe classe. Les élèves travaillent dans une relative autonomie et les lacunes scolaires ne font ici de tort à aucun élève. De ce fait, les élèves difficiles se sont révélés assidus et très agréables. Nous figurons d’ailleurs dans le plan de prévention contre la délinquance de la mairie.

Je profite donc de la relation privilégiée établie avec les élèves pour discuter de leurs problèmes. Cela a permis à plusieurs reprises de comprendre des changements de comportement en classe des élèves suite à de petits problèmes dans leur vie et d’ainsi de mieux les accompagner en classe. Quand cela est possible, je retransmets l’information au professeur principal de l’élève.

c. Que leur apportons nous au jardin?

Nous leur apportons de la rigueur et de la discipline, mais aussi une nouvelle manière de voir le collège.

Ce jardin est un moyen d’enseigner différemment les sciences de la nature, et de ne plus voir l’écologie comme une éducation, mais comme une évidence.

C’est donc une formidable application de l’EEDD tout en paraissant pour les élèves très loin du mode de fonctionnement des salles de cours.

La spécificité de ce jardin est aussi son partenariat avec une association, le fait que les intervenants soient des retraités (aspect intergénérationnel).

d. Modalité de mise en œuvre.

Pour faire un jardin pédagogique, il faut :

Un terrain,

De l’arrosage

Un savoir faire (ici fourni pas l’association, mais qui peut être celui d’un professeur)

Un budget (ici fourni par l’association, mais on peut demander des aides directement aux municipalités et au conseil général du département)

Des élèves motivés

Une plage horaire.

Que le conseil d’administration du collège soit intéressé par ce type d’action.

2. Analyse.

a. Comment satisfaire tous les élèves intéressés ?

Quand, en début d’année, j’ai ouvert le jardin pédagogique j’ai eu une quinzaine d’inscriptions, ce qui est un nombre d’élèves honorable pour un club (cf. annexe 1).

A chacune des nouvelles séances, j’avais de nouveaux élèves qui voulaient venir à un tel point que je devais refuser beaucoup d’élèves. Les élèves m’attendaient à la sortie des cours, les parents venaient me voir pour me demander de prendre leur enfant au club…

Afin de permettre à tous les élèves motivés de venir, j’ai rendu le club non obligatoire aux inscrits. Ainsi, si une amourette ou un devoir non rendu les retenaient dans la cour, ils ne venaient pas, et je n’avais à chaque séance que des élèves motivés.

Au commencement de ce système, j’avais peur de manquer d’élèves à mes séances, mais ce ne fut jamais le cas. Au contraire, j’ai encore dû encore en refuser, n’acceptant les premiers arrivés devant le portillon du club.

Au total, 43 élèves sont venus au club, dont 17 qui sont venus plus de 5 fois en une dizaine de séances. Nous avons donc pu faire du travail suivi avec ces élèves.

b. Comment évaluer une telle action ?

Le gros soucis qui s’est posé à moi est l’évaluation : comment évaluer une action dont le résultat est une maigre récolte et une heure d’activités ?

Je comptais créer un questionnaire sur ce qui intéresse les élèves au jardin, mais je n’ai pas réussi à créer un questionnaire donc résultats puissent être intéressants à l’exploitation.

Je me suis donc cantonnée à une évaluation de l’action plus subjective.

Le premier élément d’évaluation est l’affluence au jardin : les élèves viennent d’eux-mêmes avec plaisir.

Tout au long de ma semaine, j’ai droit à la question : madame, y a jardin vendredi ?

Ou bien quand on est au jardin « Ca sonne déjà ? »

Dans mon cours, certains élèves réinvestissent ce qu’ils ont appris au jardin en cours de SVT, dans des observations très pertinentes, qui me surprennent souvent.

Nous avons aussi pu observer une évolution des élèves qui de consommateurs sont devenus des acteurs du jardin.

En effet, les produits du jardin sont partagés après chaque récolte entre les élèves et au début, le partage était difficile. Maintenant, d’eux-mêmes, les élèves ne réclament plus de ramener quelque chose à la fin de la séance. La récolte est devenue uniquement un bonus du jardin qu’ils n’attendent plus particulièrement. Ce changement d’état d’esprit s’est fait progressivement, presque tout seul, sans que j’aie besoin de sévir.

Enfin, un élève très turbulent du collège avec une forte propension à la violence vient régulièrement au jardin et s’y comporte relativement bien. Je pense qu’il apprécie de ne pas y être la bête noire du groupe et d’y trouver un autre regard de l’adulte sur lui. Il est grand et fort, et il y est très efficace. Je pense que le jardin va influencer son orientation vers le travail de la terre, ce qui semblait peu probable auparavant, car il habite en appartement et ne jardinait jamais.

c. Comment toucher plus d’élèves sur le thème du BIO ?

Nous avions commencé une action pour faire découvrir le BIO à une classe de cinquième dans un IDD « senteurs et saveurs » avec ma collègue de sciences physique, Mme Chouquer, que j’ai poursuivi par une sensibilisation sur le BIO. Cependant, au vu de rendus écrits d’élèves, la notion de bio n’est pas très claire pour les élèves.

Je me suis donc investie avec le collège dans la création de repas bio. Il y en a eu un en novembre et il y en aura un le 21 juin. C’est là un moyen d’agir à l’échelle du collège. Suite à cette action, nous somme devenus collège pilote du bio dans le département des Alpes Maritimes.

d. Comment continuer l’action ?

L’association des jardins ouvriers est indispensable pour faire fonctionner cette action car ils financent tout le matériel au jardin excepté une toute petite subvention fournie par le foyer socio éducatif du collège. Ils assurent aussi encore une grande part des animations au jardin.

Je n’ai eu aucune formation « agricole », et me forme donc sur le tas. Ces deux dernières années, je n’aurais pas pu mettre en œuvre cette action sans l’association.

Pour l’instant, l’association des jardins ouvriers est toujours très impliquée et nous aide dans nos projet avec une grande générosité. Cependant, il se peut qu’un jour ce ne soit plus le cas.

Le jardin pédagogique ne pourra alors plus être pris en charge pas un seul professeur mais par une équipe. Nous aurons alors à faire nous même les demandes de subvention auprès des différents partenaires, et nous devrons développer de nouveaux partenariats, avec les maisons de retraite de la Trinité par exemple.

 Conclusion.

Le jardin pédagogique est donc une action pédagogique et citoyenne innovante car elle permet à des jeunes de s’investir dans une activité qui leur apporte du plaisir, une culture et une éducation citoyenne. Cette action demande beaucoup d’investissement à ses créateurs, mais elle leur apporte à eux aussi beaucoup de plaisir, et une nouvelle manière de travailler, moins stressante et plus enrichissante. Elle est génératrice d’idées nouvelles et de projets tels que le bio, et permet des échanges originaux entre l’adulte et l’enfant.