Conférence de Françoise TALLAND, professeur de philosophie au Lycée Matisse de Vence

 

SYNTHESE : Albert CAMUS et La Philosophie de l’Absurde

 

Conférence de Françoise TALLAND, professeur de philosophie au Lycée Matisse de Vence

 

1)    La prise de conscience de l’Absurde et la révolte

 

CAMUS, L’Homme Révolté : « Qu’est-ce qu’un homme révolté ? Un homme qui dit non. Mais s’il refuse, il ne renonce pas : c’est aussi un homme qui dit oui dès son premier mouvement. »

 

Caligula : Révolte face à la condition humaine qui va dans la négation de la vie = révolte face à la mort de sa sœur qui l’amène à la folie meurtrière, au nihilisme donc tout ce que rejette CAMUS (cf. 1ers mots de la pièce « rien ») : auto-destruction de l’homme : irrationalité de l’attitude de Caligula // figure du tyran + dictateur comme Hitler.

 

Prise de conscience de l’Absurde : nous sommes mortels et nous ne sommes « pas heureux » : la vie est donc insupportable (pour CAMUS : causes de sa maladie, présence du mal chez les enfants (misère / souffrance) rend insupportable l’existence de Dieu).

 

L’homme dit « NON » à la mort, à la violence de l’existence mais il affirme des valeurs qui vont pour CAMUS dans le sens de l’humanisme :  « je me révolte donc nous sommes » = solidarité de l’humanité.

 

L’engagement est factuel, sur des positions concrètes alors que la révolte est une position existentielle d’un homme face à la condition d’homme : dans « Caligula », la conduite de désespoir qui pourrait amener au suicide est réfutée par CAMUS : ce n’est pas une attitude courageuse et proprement humaine + refus du délire meurtrier sur les autres : le nihilisme. La révolte, pour CAMUS, aboutit au contraire à assumer la condition humaine, trouver le bonheur dans le malheur // NIETZSCHE dit que le nihilisme ce n’est pas le surhomme, la supériorité de l’humanité mais c’est un moment de l’humanité qui a annoncé la mort de Dieu et qui continue la négation de la vie en tuant la vie (Nihilisme = continuité du Christianisme) : refus du terrorisme par CAMUS. NIETZSCHE ne voit pas dans le nihilisme une conduite proprement humaine.  Caligula n’est pas le message philosophique de CAMUS car Caligula vit l’Absurde comme une révolte qui tourne à vide dans la destruction de la vie.

 

 

2)    Le problème de Dieu

 

CAMUS = agnostique et non athée, voire panthéiste (amour de la nature et de l’univers).

 

Problème de Dieu : pour SARTRE = je suis de trop (la contingence), je ressens l’Absurde donc il n’y a pas de Dieu = athéisme de principe qui vient d’une déduction sommaire : position dogmatique. Alors que CAMUS est agnostique car il doute et il a une nostalgie de la divinité transcendante : « Ne me sentant en possession d’aucune vérité absolue, d’aucun message, je ne partirai pas du principe que la vérité chrétienne est illusoire mais seulement de ce fait que je n’ai pu y entrer » : faute d’avoir trouvé la foi, CAMUS juge philosophiquement indécidable de savoir s’il y a un Dieu ou pas : pratique athée mais agnosticisme de principe. CAMUS = héritier des Lumières. Caligula  peut jouer Dieu mais il ne crée aucune valeur donc il détruit la vie ( à l’inverse de la pensée nietzschéenne : le surhomme est défini comme celui qui est capable de créer ses propres valeurs dans le sens de la vie).

NIETZCHE : philosophe de la vie ; penseur de la différence, contre le conformisme = il faut retrouver une pensée qui donne du poids à la vie : CAMUS = prolongateur de NIETZSCHE : dimension « dionysiaque » chez les deux auteurs : pas de renoncement à la vie chez CAMUS mais un éloge de la vie.

 

 

 

3)    La notion d’ « engagement » chez SARTRE et CAMUS

 

Aucune idéologie ne vaut la mort d’un homme pour CAMUS : la fin ne justifie pas les moyens// Malraux « Une vie ne vaut rien mais rien ne vaut une vie ». CAMUS entre dans la résistance, participe au journal « Combat » mais il condamne le terrorisme d’état (les procès de Moscou) et abandonne le Parti Communiste en 1938 : CAMUS admirait le militant et détestait l’appareil idéologique, la manipulation des cerveaux humains + engagement contre la bombe atomique, le terrorisme algérien : CAMUS est pour un Etat Fédéral en Algérie.

 

Sartre est pour un réalisme politique qui aboutit à la destruction d’hommes à partir du moment où la cause est juste (la fin justifie les moyens) : rupture en 1952 avec CAMUS (procès de Moscou) car le Parti Communiste et Sartre refusaient de voir la réalité.

Liens CAMUS / SARTRE : si la philosophie existentialiste est une philosophie du vécu de la conscience qui existe et ressent des affects et des sentiments : point commun de ces affects : sentiment de l’Absurde chez SARTRE et CAMUS.

 

L’engagement selon SARTRE et CAMUS = nécessité vitale car l’homme est un être de situation, relié à la terre, aux autres : on est « embarqué » (Pascal).

Pour CAMUS : engagement pour l’humanisme et les valeurs morales alors que pour SARTRE : engagement dans l’idéologie laïque et communiste (jusqu’à l’extrême-gauche, voire l’anarchie).

CAMUS // philosophe grec de la limite, de la mesure, car tout ce qui est démesuré devient scandaleux, alors que Caligula ne trouve pas la limite, la mesure : il est dans l’ « hubris ». Il faut assumer sa condition d’homme et obtenir le bonheur malgré tout alors que chez SARTRE c’est la lutte contre le capitalisme, l’impérialisme américain par les voies du stalinisme.

CAMUS critique dans le communisme la violence d’un état policé et nihiliste : trahison de la révolte car régime dictatorial contre les valeurs humaines / Engagement humaniste de CAMUS.

Pour SARTRE : si l’idéal est noble (le peuple au pouvoir) on peut tuer, alors que pour CAMUS il y a une limite à l’engagement quand il atteint la démesure = sagesse grecque !

Il a la haine de tous pouvoirs et de toutes institutions. La vie vaut dans sa variété !

Contre le dérèglement du réalisme, CAMUS introduit une forme de morale : « La vraie révolution pour être créatrice ne peut se passer d’une règle morale qui équilibre le délire historique » = comment les moyens peuvent justifier la fin ? La révolte doit rechercher la vie et non la mort ! Toute démesure est de la tyrannie. L’homme révolté camusien veut la démocratie.

Rapport à l’autre : SARTRE = vision pessimiste : l’homme me chosifie et je le chosifie ; l’intersubjectivité est dans le conflit / pour CAMUS : éloge de l’amitié, l’amour : morale des matchs de foot (notion d’équipe et de solidarité) !

 

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