Stage TNN Camus, mardi 29/03/11

 

Stage TNN Camus, mardi 29/03/11

Notes prises par G. ZANEBONI professeur de Lettres

 

Préambule de Daniel Benoin

Présentation Stéphane Bisson, Paul

 

Citation Camus : « Pourquoi je fais du théâtre ?

"Seul lieu où je suis heureux… " Variation sur le « Bonheur » Vie privée/ vie publique. Théâtre : « 20 ans de bonheur ».

  1. 1.         Permet d’échapper à Ennui du métier d’écrivain où règnent clan, absence de naturel, encombrement, passer son temps à dire non. Au théâtre, notamment lors des répétitions, enfermement de moines + athlètes, communauté (comme celle des bâtisseurs), contraire du vide, dépendance mutuelle, liberté. Pourtant acteurs, metteurs en sc peuvent être décevants, mais seulement après période de travail. Espoir, solidarité, comme dans le sport.
  2. 2.         Fuite de l’abstraction qui menace tt écrivain. Travail sur décor et accessoires. Cf. Les possédés. Le « réel enfin », l’imagination à partir du réel.
  3. 3.         Théâtre : lieu de vérité, contrairement au lieu commun : lieu de l’illusion, malgré tous les trucages. Pour vivre dans la vérité : jouer la comédie »

Théâtre = + haut des genres littéraires, réconciliation. Idée d’un « théâtre total »  écrivain + metteur en sc unité. « Je collabore avec moi-même ». Exigence. « Allons donc nous occuper du prochain spectacle ».

 

Commentaires sur cette lecture : actualité. Importance de la notion de Bonheur 

 

Evolution du personnage au fil des # versions de Camus  

Versions Caligula : 1941 1958 :

2 traitements dramaturgiques par le même auteur.

Piste historique sur Caligula, cette « marionnette effrayante » : sources brouillées, chroniqueurs de cour.

1° source de Camus : Suétone : « journaliste rigoureux », en fait journaliste de caniveau, Gala, d’ailleurs banni. Portrait physique de Caligula inimaginable. # Flavius Joseph, son contemporain, ou Tacite et surtout Sénèque.

1941 : version écrite alors que C pensait avoir 2 ans à vivre (tuberculose). D’ailleurs, impudeur extraordinaire (qu’on retrouve dans Le Premier homme, manuscrit trouvé dans la voiture accidentée, finalement publié par sa fille Catherine. Figure du père centrale, disparu dans les 1° combats sur la Somme. Confrontation de Camus avec la mort de son père (devant sa tombe).

Pbs physiques de poitrine  traces dans  Caligula. Empathie avec ce personnage.

 

5 versions. Texte repris tt au long de sa vie. # Etat de siège

A commencé en 36. Puis 38. 41. 43. 45. 47. 51… Sous-titres, « le sens de la mort », « le Joueur » (1941). 38/41 : version + bouffonne. Représentée seulement aux USA. On a pu lui reprocher, à la fois, romantisme lorenzaccien, tragique racinien.

« Tuer n’est pas la solution », supprimé ensuite, comme la dimension nietzschéenne pour éviter tte ambiguïté.

1837 : Caligula d’A. Dumas. Bizarre… Sinon personnage oublié des dramaturges.

1° version : Caligula nietzschéen # dénonciation de la dictature. Ensuite simplification des enjeux, nécessaire en 45.

Folie = piège dramaturgique. Caligula joue à être fou. Humour noir. Sentiment d’absurde #  révolte. Exaltation, griserie. Vertige. « Je suis encore vivant »

Camus = anarcho-syndicaliste # marchand d’idées. Incitation à la révolte. Athée mais hanté par la figure du Christ, celui des Possédés, 1° victime de l’Absurde.

Chez Caligula, quête intime, philosophique et poétique # interrogation sur la tyrannie. Tentation du suicide partagée par Camus à ce moment-là.

Drusilla parle, choix du metteur en scène. Vient de La Mort heureuse  accueil apaisé de son frère dans la mort. Autre prise de parole : inversion // version 36.

Inceste pas évident.

Caligula = jouet politique entre les mains de Tibère. A vécu sous l’empire de la peur. Siècle venimeux. Menace présente et pressante.

« Sénateurs »  « patriciens » : charge écrasante contre le personnel de la 3° République, fossoyeur du Front populaire. Cf. anachronismes : travail, famille, patrie. Alors qu’il est en résistance.

République romaine # république athénienne. Détestée. Confiscation de l’idée du peuple.

Dans les autres versions, Cherea résistant, adepte d’une République vertueuse.

 

Autre figure de femme, Caesonia, très ambiguë. Terrestre, bon sens plat parfois. Historiquement, Caligula épouse une femme enceinte de 8 mois d’un autre, ancienne courtisane. Pacte après le 1° acte (où elle résiste). Recherche de l’anti-lyrisme.

Refus d’un personnage sans complexité.

L’histoire a permis des éclairages. La plupart des personnages ont existé.

Complexité aussi de Cherea.

 

Choix personnel de cette pièce pour Stéphane Bisson ?

Vient de l’enfance. A 11 ans, impressionné par Journal de Claude en studio (version anglaise).

SB troublé par le Camus secret qui transparaît dans cette version de la pièce et ébranle la statue du Commandeur.

Condescendance française à l’égard de Camus. Toujours le // avec Sartre. Confusion des 2 auteurs alors que # extrême. Violence de leurs rapports. Sartre délègue son combat à Jeanson. Origines de Camus, « le voyou algérois », ont influencé cette condescendance du monde germano-pratin. Cf. Lanzmann dans Le lièvre de Patagonie. Les Temps modernes ont éreinté L‘Homme révolté. « Le Prix Nobel couronne une œuvre finie ». Camus lui-même s’interroge sur sa légitimité.

Jalousie de Sartre et des Temps modernes. Tirages incroyables de Camus, jusqu’à ce que ça s’inverse.

 

Enjeux : quête poétique, philosophique + enfance égarée, rêvée, recomposée. Mesure nietzschéenne. Ridiculisation du pouvoir pour accéder à une réalité supérieure. # biographie de Khadafi. Absence de références précises à l’actualité, ce n’est pas l’important.

Toutefois, résonnances, incidence sur le public de Bucarest, il y a qq semaines, notamment sur la passivité. Tabou persistant malgré les 20 années écoulées. Caligula tend un miroir. Rhétoricien rompu, amoureux de la logique, pas seulement la sienne mais celle des autres.

Historiquement, Caligula a avantagé la plèbe, populisme. « Il a vendu nos places de cirque au peuple ». Les massacres de Caligula ne sont pas gratuits : exercés contre ceux qui ont tué sa famille ou attenté contre sa vie. Guerre contre la Bretagne montre non la folie mais l’ironie mordante. On peut penser aux fous, ou à Hamlet de Shakespeare, voire à Lorenzaccio, l’Idiot (ce qui est contesté dans la salle). Utilisation du mensonge. Refus du compromis. Obsession du théâtre comme moyen d’accéder à une réalité supérieure.

Le Caligula historique a dit que s’il n’avait pas été empereur il aurait été un « homme de bien ».

Les 4 dernières lignes : miroir aux spectateurs. Mal reçu par la salle lors de certaines représentations. « Monstruosité » vient du pouvoir mais aussi d’un excès d’amour. Par delà le bien et le mal. Trajectoire d’un homme, non d’un monstre fabriqué.

Récit souffrant et douloureux d’une passion humaine. Hanté par la mort, il n’est bien qu’avec ses morts. Se sépare volontairement des autres pour accéder à une vérité supérieure. « Tendresse honteuse ». Traits de ressemblance avec Scipion, dont l’amour de la poésie. Jamais de duo d’amour dans toute l’œuvre de Camus. Chronique d’une mort annoncée dans une solitude recherchée. Seule l’étreinte avec la lune est possible.

 

La mise en scène de Caligula

Questions sur les costumes, le décor.

Imaginé par Tim Walker.

SB, pour toutes ses mises en sc, tient un cahier de régie, abécédaire sur les questions posées par l’œuvre.

 

Refus du peplum, mais qd même souhait d’un certain archaïsme, refus de l’actualisation. Peinture symbolisme. Chichiteux assumé. Sauf tabliers des sénateurs (III° République, celle des boutiquiers). Pas de didascalies sur les costumes chez Camus # Beckett (et Claudel).

Refus d’une dimension symbolique. SB ennemi du spectacle symboliste. Sens # symbole. Pas de symbole (phallique,  notamment) dans les bois, les ramures. Mais le spectateur est libre.

 

Refus de la salle du trône, des ors de la cour. Volonté de faire parcourir des couloirs aux sénateurs pour les amener dans une chambre d’enfant, celle qu’il n’a jamais connue.

Trône : aucun rapport avec la Princesse au petit pois. Jeu sur les échelles, celle de l’enfant  petites chaises imposées aux sénateurs.

Plage sable noir (comme celle de Stromboli), 2 sortes de sable, l’un + abrasif, l’autre + doux  atmosphère inquiétante. Sur une mosaïque, dévoilée au fur et à mesure des circulations.

 

Choix et jeu des comédiens :

Distribution :

Refus d’un Caligula qui prenne toute la place (# Charles Berling qui a mis en sc et joué un Caligula).

Bruno Putzulu, ami de longue date, constamment inquiet, obsédé textuel. Quête rageuse de l’impossible. Nostalgie de l’enfance. Acteur terrien. SB ne voulait pas accompagner le chant du texte, même si Putzulu est aussi chanteur et musicien. Variations vocales mais sans figures. Modèle physique à l’opposé des descriptions historiques.

Un autre acteur ami était pressenti pour le rôle mais s’est engagé ailleurs. SB, pas content du tout !

 

Désir de sincérité dans le jeu. Refus du théâtre dans le théâtre.

Allusion à une représentation catastrophique avec les scolaires « intégral » : 20 minutes d’horreur.

Fou-rire absolument proscrit. Comme la connivence entre les acteurs, la surenchère, un plaisir qu’ils partageraient en excluant les spectateurs.

 

Musique

Réalisé par JM. Sénia. Dimension opératique, « opéra de la peur ». # gadget qui cache changement de décor. Pas illustrative.

2 axes dans le travail : celle qu’aurait pu composer Caligula et une autre, ironique. 2 solistes : la scie musicale et le glass harmonica (interdit en Autriche au XVIII° siècle car rendait les auditeurs fous) + instruments antiques et qq chœurs. Pas de ligne mélodique à Rome.

 

Après-midi : travail en plateau

 

Deux groupes, l’un sous la houlette de SB, l’autre sous celle de Paul, puis sous-groupes.

Travail sur la version de 41 et celle de 58. Recherche d’une mise en scène.

Ensuite passage devant les autres : notre groupe s’y essaie le premier. Gloups ! Fou-rire d’une des « comédiennes » sévèrement tancé par SB.

Seulement 2 groupes ont pu passer.

 

mercredi 30 mars 2011

 

Travail en plateau prévu sur différents aspects de l’œuvre de camus.

 

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