Préparation aux EAF d'élèves relevant du FLS

Préparation aux EAF d'élèves relevant du FLS au lycée international de Valbonne (Centre international de Valbonne).

 

 

civ

 

 

 

 

Le commentaire proposé ci-dessous a été rédigés dans les conditions de l'EAF écrite, le 17 octobre 2007. La spécificité de la classe de 1ère FLE/FLS autorisait pour ce premier devoir l'usage du dictionnaire.

Ces quelques exemples de devoir peuvent aider les élèves qui sont en cours d'acquisition de la méthodologie du commentaire, et peuvent aussi servir de support à une éventuelle remédiation.

Ce devoir surveillé ponctuait la séquence n°1 de l'année, consacrée à l'étude d'un mouvement littéraire et culturel du XVIIIème siècle, la philosophie des Lumières. La séquence s'animait autour des lectures analytiques de quatre extraits (Montesquieu, L'esclavage des nègres et un extrait des Lettres persanes, le début du chapitre III de Candide de Voltaire, et de l'incipit du Paysan parvenu, de Marivaux).

 

Le texte proposé ici en commentaire est l'article "Guerre" émanant du Dictionnaire philosophique portatif (1764) de Voltaire :

 

 

 

Voltaire, "Guerre", Dictionnaire philosophique, 1764

Un généalogiste prouve à un prince qu'il descend en droite ligne d'un comte dont les parents avaient fait un pacte de famille, il y a trois ou quatre cents ans avec une maison dont la mémoire même ne subsiste plus. Cette maison avait des prétentions éloignées sur une province dont le dernier possesseur est mort d'apoplexie : le prince et son conseil concluent sans difficulté que cette province lui appartient de droit divin. Cette province, qui est à quelques centaines de lieues de lui, a beau protester qu'elle ne le connaît pas, qu'elle n'a nulle envie d'être gouvernée par lui ; que, pour donner des lois aux gens, il faut au moins avoir leur consentement : ces discours ne parviennent pas seulement aux oreilles du prince, dont le droit est incontestable. Il trouve incontinent un grand nombre d'hommes qui n'ont rien à perdre ; il les habille d'un gros drap bleu à cent dix sous l'aune, borde leurs chapeaux avec du gros fil blanc, les fait tourner à droite et à gauche et marche à la gloire.

Les autres princes qui entendent parler de cette équipée y prennent part, chacun selon son pouvoir, et couvrent une petite étendue de pays de plus de meurtriers mercenaires que Gengis Khan, Tamerlan, Bajazet n'en traînèrent à leur suite.

Des peuples assez éloignés entendent dire qu'on va se battre, et qu'il y a cinq à six sous par jour à gagner pour eux s'ils veulent être de la partie : ils se divisent aussitôt en deux bandes comme des moissonneurs, et vont vendre leurs services à quiconque veut les employer.

Ces multitudes s'acharnent les unes contre les autres, non seulement sans avoir aucun intérêt au procès, mais sans savoir même de quoi il s'agit.

Il se trouve à la fois cinq ou six puissances belligérantes, tantôt trois contre trois, tantôt deux contre quatre, tantôt une contre cinq, se détestant toutes également les unes les autres, s'unissant et s'attaquant tour à tour ; toutes d'accord en seul point, celui de faire tout le mal possible.

Le merveilleux de cette entreprise infernale, c'est que chaque chef des meurtriers fait bénir ses drapeaux et invoque Dieu solennellement avant d'aller exterminer son prochain.

 

 

 

Code des couleurs :

-1ère étape de l'introduction : présentation de l'époque et du mouvement littéraire.

-2ème étape  de l'intro : présentation de l'auteur et de l'oeuvre dont est tiré le texte à commenter.

-3ème étape : présentation de l'extrait.

-4ème étape : annonce des axes de lecture.

-Connecteur logique.

-Amorce d'un axe de lecture.

-Rappel de l'axe de lecture en cours.

-Transition.

-1ère étape de la conclusion : rappel des axes de lecture du devoir.

-2nde étape de la conclusion : Ouverture.

 

Code des couleurs : ce guidage méthodologique ajouté aux copies elles-mêmes est destiné à faire de ces productions d'élèves un potentiel outil d'élaboration de futurs devoirs, ou encore de remédiation ou de correction.

 

Commentaire de Michaela C. : (NB : le numérotage des lignes dans la copie de Michaela ne correspond pas forcément à celui du texte ci-dessus).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le XVIIIème siècle fut celui des grands bouleversements au niveau de l'ordre social et de la puissance politique. Les événements historiques du siècle avaient pour origine une idéologie incarnée dans la philosophie des Lumières. Ce mouvement intellectuel et littéraire se caractérise par la critique de tout ce qui ramène à l'irrationel, à l'intolérance, et au despotisme. Par ailleurs, les philosophes du mouvement tels que Voltaire visent une société plus libre, plus juste, plus égalitaire et sur laquelle règne une raison absolue. Dans son Dictionnaire philosophique portatif, Voltaire, écrivain et philosophe de l'époque, développe les principaux thèmes de la philosophie des Lumières. Dans l'article "Guerre", Voltaire montre comment celle-ci est l'inverse de tout ce que valorise la philosophie des Lumières. Il fait la satire de la guerre pour dénoncer celle-ci ainsi que ceux qui la mènent. Voltaire fait sa dénonciation en montrant comment la guerre est sans base justificative.Voltaire ajoute à cela une critique virulente de la monarchie absolue.

 

 

 

Tout d'abord, Voltaire présente la guerre comme un phénomène sans justification. Il souligne le fait que la guerre est complètement dénuée de raison. La guerre n'a pas d'autres cause que la volonté illogique de quelques princes.Un prince la déclenche et puis "les autres princes qui entendent parler de cette équipée y prennent part, chacun selon leur pouvoir" (l 15/16). Les raisons pour lesquelles les princes mènent leurs pays en guerre sont fondées sur l'arbitraire absolu, un raisonnement qui n'aboutit à rien.Voltaire insiste encore sur cet aspect de l'irrationnel en évoquant "ces multitudes [qui] s'acharnent les unes contre les autres, non seulement sans avoir aucun intérêt au procès, mais sans savoir même de quoi il s'agit" (l 23/24). La guerre est ainsi représentée comme étant le résultat de l'impulsion de quelques "puissances belligérantes". Elle n'a donc pas d'autre fondement qu'une volonté confuse sans idée directrice et donc sans sens, sans raison.

En outre, Voltaire représente la guerre comme étant cachée derrière une façade qui donne l'illusion de l'ordre et de la raison. Le prince, après avoir trouvé un grand nombre d'hommes, "les habille d'un gros drap bleu à cent dix sous l'aune, borde leurs chapeaux avec du gros fil blanc, les fait tourner à droite et à gauche et marche à la gloire" (l 12/14). Il est question de faire beau, de faire semblant. Pourtant, d'après la façon dont Voltaire les décrit, toutes ces précautions, caractéristiques du déroulement de la guerre, ne sont rien sauf un mensonge. Cela nous rappelle une bande d'enfants qui se déguisent en soldats et jouent à la bataille. De plus, les derniers mots, "marche à la gloire" (l 14) sonnent de façon très ironique. La gloire n'a rien à  voir. Cette impression de fausseté est renforcée à la fin du texte par la phrase "le merveilleux de cette entreprise infernale, c'est que chaque chef des meurtriers fait bénir ses drapeaux et invoque Dieu solennellement avant d'aller exterminer son prochain" (l 29/31). Ici on a les mots "merveilleux" (l 29), "bénir" (l 30), et "Dieu" (l 31), qui s'opposent aux termes "infernale" (l 29), "meurtriers" (l 30) et "exterminer". On pourrait parler de champs lexicaux de l'illusion et de la réalité, de champs lexicaux antithétiques, formés par des hyperboles particulièrement parlantes. De plus, le premier groupement de mots renvoie à la religion. C'est en effet la religion qui sert à masquer tous les méfaits des hommes. C'est alors une question d'imposer de l'ordre où il n'y en a pas à travers la religion comme si on y trouvait une explication de la guerre dans la destinée des hommes et dans la volonté de Dieu. Mais ce sont des artifices qui ne cachent pas la vérité : la guerre n'a pas de fondement.

 

 

 

Voltaire présente donc l'origine de telles guerres irraisonnées comme étant la volonté de quelques princes. C'est ainsi qu'on peut parler de la critique de ces princes et de ce qu'il représentent, c'est-à-dire la monarchie absolue. D'une part, Voltaire traite de la nature arbitraire et infondée du droit divin. Il commence en parlant de "généalogiste", ce qui donne un faux air scientifique. Pourtant celui-ci se change vite en absurdité.On va du généalogiste vers une sujet d'échanges de propriété en lieux distants et temps passés pour finir avec l'affirmation du "droit divin" (l 6) d'un prince. De plus, le narrateur qualifie celui-ci d' "incontestable" (l 11). L'ironie ici est très forte car non seulement le droit de ce prince au pouvoir n'a rien à faire avec une divinité quelconque, mais en outre il n'a pas de droit du tout. Ce serait plutôt après le "consentement" (l 9) du peuple, un choix libre de sa part, que le prince pourrait prendre le pouvoir de dirigeant mais cela est un contre-sens lorsqu'on parle de monarchie absolue. La monarchie absolue de droit divin est alors illégitime, sans fondement, et injuste.

De plus, Voltaire met en évidence la manière dont la guerre n'est que la manifestation la plus grave et la plus meurtrière de la manipulation égoïste du peuple de la part des princes. Les princes rassemblent des armées pour mener des guerres de princes, des guerres de pouvoir qui n'ont rien à voir avec le peuple. Les princes attirent les plus pauvres avec la promesse d'argent : "Des peuples assez éloignés entendent dire qu'on va se battre, et qu'il y a cinq à six sous par jour à gagner pour eux s'ils veulent être de la partie" (l 19/21). Cette manipulation perfide aboutit à une violence extrême, chaotique. Voltaire exprime cela à travers des hyperboles. C'est ainsi qu'on parle d'hommes "plus de meurtriers mercenaires que Gangis Khan, Tamerlan, Bajazet n'en traînèrent à leur suite" (l 17/18). Avec l'anaphore de "tantôt", Voltaire insiste encore sur l'aspect chaotique ("tantôt trois contre trois, tantôt deux contre quatre, tantôt une contre cinq" (l 24/25)). C'est ainsi que Voltaire insiste sur la portée meurtrière des exigences des rois, de leur manipulation du peuple pour leurs propres interêts sans tenir compte de combien d'hommes vont tomber sur les champs de bataille. Cette manipulation est donc une caractéristique impardonnable de la monarchie absolue .

 

 

 

A travers son article "Guerre", Voltaire arrive à dénoncer à la fois la violence extrême de ces guerres et les monarchies absolues qui mènent leurs peuples à se sacrifier pour une cause qui n'est point. Voltaire, comme d'autres philosophes des Lumières tels que Diderot et Damilaville, dénonce la guerre en soulignant son caractère destructeur pour la société. C'est quelque chose d'arbitraire, d'irrationnel, et de condamnable. Ces philosophes luttent pour une société libre qui n'a plus à répondre aux volontés de princes illigitimes. On sent la révolution qui arrive.

 

 

 

 

Michaela C. (Etats-Unis d'Amérique), 1ère FLS, lycée international de Valbonne Sophia-Antipolis, octobre 2007. EAF juin 2008 : 16/20 (écrit), 18/20 (oral).

 

 

usa

 

 

Connexion