Les définitions du FLS

FLS : français langue seconde, de scolarisation, de socialisation ?

Les définitions du FLS

 

Il existe plusieurs définitions du français langue seconde ; elles ont pour point commun de retenir qu’il s’agit de la langue de la scolarité.

Jean-Pierre Cuq, tout d’abord, définit le FLS comme le français parlé à l’étranger avec un statut particulier. Il s’agit principalement de l’usage du français dans les anciennes colonies ou dans les anciens protectorats français. La définition de Jean-Pierre Cuq réduit géographiquement les aires d’application de la notion car pour lui « il se distingue des autres langues étrangères éventuellement présente sur ces aires par ses valeurs statutaires, soit juridiquement soit socialement, soit les deux et par le degré d’appropriation que la communauté qui l’utilise s’est octroyé ou revendique. Cette communauté est bi- ou plurilingue. La plupart de ses membres le sont aussi et le français joue dans leur développement psychologique, cognitif et informatif, conjointement avec une ou plusieurs autres langues, un rôle privilégié »[1]. Le français n’y est pas la langue maternelle, ni même une simple langue étrangère comme le français l’est aux États-Unis par exemple. Le français langue seconde est utilisé comme langue d’enseignement à partir d’un certain niveau et permet l’accession à un niveau social plus élevé. Cependant, bien que Jean-Pierre Cuq parle de « langue d’enseignement »[2], il exclut l’enseignement du français aux migrants de cette sphère dans la mesure où l’évolution linguistique de ces populations à long terme est « l’assimilation et le monolinguisme français ». Or, contrairement aux migrants, les populations des pays où le français est la langue officielle visent le bi- ou le plurilinguisme, mais ne sont pas touchées par les questions d’assimilation et les familles n’entretiennent parfois aucun lien particulier avec le français.Mais si la situation des pays africains a été à l’origine de la notion de FLS, l’Éducation nationale qui s’est trouvé face au problème de l’accueil des enfants migrants s’est emparée de l’idée afin de l’élargir au domaine qui l’intéresse. Michèle Verdelhan-Bourgade, sans revenir sur la définition de Jean-Pierre Cuq cherche à étendre son champ d’application : « Il nous semble toutefois qu’il faut éviter d’assimiler langue seconde et francophonie, celle-ci n’étant qu’une visée ou une trame d’arrière plan pour le FLS »[3]. Mais elle ne tranche pas lorsqu’il s’agit de décider si le FLS englobe le français de l’immigration. Le sigle FLS peut selon elle se traduire par « langue de scolarisation » qu’elle définit comme « une fonction qu’une société fixe à une langue, ou à une variété de langue. Cette langue ou cette variété, peut être différente de la langue maternelle ; dans un même pays, la langue de scolarisation peut être langue maternelle ou langue seconde pour des parts différentes de la population. La fonction de scolarisation est une fonction sociale qui se décline en plusieurs rôles : appropriation des connaissances et formation intellectuelle, apprentissages pluridisciplinaires, acquisition scolaire des comportements intellectuels et relationnels, visée d’intégration sociale. » Dès lors, on voit bien que les enfants migrants se trouvent, au moins pendant un temps, dans la situation d’apprentissage décrite par Michèle Verdelhan-Bourgade. Signalons au passage que l’auteur pose comme objectif l’intégration sociale, ce qui nous permet d’envisager également le FLS comme langue de socialisation. Les adolescents accueillis doivent en effet acquérir une langue et des systèmes sociaux complexes qui leur permettront de se former et de travailler en France : « C’est bien de formation sociale et citoyenne qu’il s’agit »[4].

 

On peut par ailleurs dépasser les questions strictes de définitions comme le fait Gérard Vigner. Dans son livre intitulé Enseigner le français comme langue seconde[5], il pose toutes les acceptions du sigle et propose des pistes de travail pour chaque type de public.

 

Ainsi, l’éducation nationale définit le français langue seconde comme la langue qui, en France, permet à l’élève nouvellement arrivé en France d’accéder à une qualification. Français langue seconde et de scolarisation, le FLS pratiqué par les étrangers dont la langue maternelle n’est pas le français doit leur permettre, non seulement de communiquer avec autrui, mais aussi de suivre des cours. La différence entre ces deux pratiques est qu’en France, l’élève nouvellement arrivé reste le plus souvent dans le pays et devient français, ce qui donne une finalité autre au FLS : celle d’être une langue transitoire.

Jusqu’en 2000, les instructions officielles pour les enseignants qui formaient les élèves migrants se limitaient à un paragraphe à la fin des programmes de français. Il existe aujourd’hui un document intitulé Le français langue seconde[6], publié par la direction de l’enseignement scolaire. Il s’agit du premier document qui institutionnalise le français langue seconde comme domaine didactique. Les auteurs de ce fascicule donnent une orientation qui s’approche de l’idée de français de scolarité : « Ce que l’on convient d’appeler ici français langue seconde ne constitue pas une discipline distincte du français telle qu’elle est définie dans les programmes officiels du collège, mais une modalité d’accès à cette discipline pour les élèves arrivés de l’étranger en France en cours de scolarisation ». Le FLS assure en effet le passage du FLE au français langue maternelle. Le FLS est donc une phase intermédiaire entre la simple communication et la maîtrise suffisante de la langue et du métalangage. Le FLS est plus précisément une langue spécifique à l’école, celle qui permet de suivre une scolarité avec une prépondérance de l’écrit.

 



[1] Jean-Pierre CUQ, Le Français langue seconde – Origines d’une notion et implications didactiques, Hachette, 1991, p. 139.

[2] Ibid. p. 138.

[3] Michèle VERDELHAN-BOURGADE, Le français de scolarisation – Pour une didactique réaliste, PUF, 2002, p.19.

[4] Ibid. p. 86.

[5] Gérard VIGNER, Enseigner le français comme langue seconde, Clé International, 2001.

[6] Le français langue seconde, Collège repères, CNDP, 2000.

 

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