Le son au cinéma

BRUITS, SONS, MUSIQUE AU CINEMA

Texte provisoire

 

 

 

Introduction.

Présentation du sujet :

 

-ni exposé technique, ni séance de musicologie

-mais approche, à la fois théorique et pratique, sur l’utilisation que le cinéma fait du son, ce terme désignant aussi bien les bruits, que les voix ou la musique…

-rappel, au risque d’être banal, que le cinéma est un art composite, qui fait appel principalement à trois domaines :

1.La lumière. Par là, il se rapproche de la peinture.

2.L’écriture. Il est donc proche de la littérature, et surtout du théâtre et du roman.

3.La musique. Au sens le plus large du terme, un son pouvant être musical, même s’il est discordant, et une mise en scène pouvant imiter tel ou tel type de musique ou de pièce de musique…

Donc : seront abordés les points suivants : plan de l’intervention :

1.Rappel historique de l’utilisation du son au cinéma. Et rappel de la question fondamentale : le cinéma a-t-il été jamais muet ?

2.Question plus générale : l’utilisation du son a-t-elle seulement pour but de créer un effet de réel, et de participer à la « diégèse », ou le son n’a-t-il pas aussi un rôle d’illustration, voire de manipulation ?

3.Dans le domaine du son, quelle musique choisir ?

·Musique d’orchestre, musique hors champ, musique « off » ?

·Musique illustration, voire musique redondance ? Musique contrepoint ?

·Musique prolongement psychologique et dramatique de l’action ?

·D’une façon plus générale, faut-il une musique ?

 

L’HISTOIRE DU SON AU CINEMA.

·Le cinéma n’a jamais été muet, dans la mesure où l’on y a tout de suite vu des personnages parler, et où certains cartons précisaient les paroles ou l’état mental des protagonistes ; bien plus, l’action, outre qu’elle était accompagnée par un pianiste ou un orchestre présents dans la salle, pouvait aussi être commentée par une sorte de Monsieur Loyal. Il est bien plus juste d’opposer simplement cinémas sonore et non sonore…

·Par ailleurs, le pianiste ou l’orchestre qui soutenaient les films non sonorisés n’improvisaient pas toujours : on possède encore des partitions toutes faites que l’on communiquait aux directeurs de salles, et qui, bien souvent, étaient l’œuvre de futurs grands compositeurs, du moins en ce qui concerne Hollywood. Ainsi, telle scène était soulignée par tel morceau, chaque situation étant répertoriée comme dans un catalogue.

·Ces remarques préliminaires pour bien faire comprendre que le son est indissociable du cinéma, et que la coupure marquée par « Le Chanteur de jazz », en 1927, est moins forte qu’il y paraît. Simplement, de même que les frères Lumière ne supposaient pas, au début, que leur invention serait autre chose qu’un moyen de garder des traces du passé, mais déboucherait sur le principal moyen de créer des fictions au vingtième siècle, de même, l’utilisation du son au cinéma a d’abord été empirique, et considérée comme une curiosité et une attraction de plus : il convient donc de s’interroger sur le rôle que l’on a dévolu au son à partir du moment où l’on a effectué réellement une réflexion sur lui… Il faudra aussi se demander si les progrès techniques extrêmement poussés actuellement dans le domaine du son (invention du Dolby Surround, actuellement vogue du 5.1. et du DTS, même « à la maison ») ne débouchent pas sur une exagération des effets qui iraient jusqu’à l’indigestion…

 

LES ON AUCINEMA : EFFET DE REEL ? ILLUSTRATION ? OU MANIPULATION ?

·Quand on ouvre un livre, ou qu’on commence à voir un film, on se trouve soudain projeté dans une autre époque, un autre monde, une autre couche sociale… En un mot, on est dépaysé, peu ou prou. L’écrivain, ou le réalisateur, doivent donc nous introduire dans ce monde qu’il veulent nous faire connaître : au cinéma, c’est ce qu’on appelle la diégèse, et tous les éléments qui permettent au spectateur de « s’y retrouver » font partie de cette « diégèse » : un cheval, un chapeau, un vaste espace nous font vite comprendre qu’on se trouve dans un « western »… Mais avant même la première image, une musique ou un son nous permettent de nous situer de façon souvent très conventionnelle : une musique de péplum ne saurait être confondue avec une musique de western, même si, sur le fond, elles diffèrent peu dans leurs moyens… De ce point de vue, on peut dire que l’utilisation du son a d’abord une fonction « diégétique », et, allant plus loin, on peut ajouter qu’elle produit même un effet de réel : on se croira d’autant plus dans une usine si l’on entend le bruit des machines, ou dans une prison, si l’on perçoit les cliquetis des serrures et des barreaux. Une école de cinéma comme la Femis pousse assez loin l’utilisation du son comme effet de réel : lesfilms de ses étudiants sont souvent tournés avec un son en prise direct, ce qui a parfois pour résultat d’étouffer même la voix des acteurs. Cette tendance à la réalité remonte, en France, à la Nouvelle Vague, qui, refusant les habitudes du cinéma traditionnel, a abandonné les studios pour descendre dans la rue. Sans aller aussi loin, il est vrai que le fond sonore d’un film participe à sa crédibilité.

·Car le son joue aussi pour illustrer le propos du réalisateur, ou pour souligner l’état psychologique des personnages. En littérature, il est possible de traduire la pensée de quelqu’un, ne serait-ce que par une intervention directe de l’auteur ou par l’utilisation du discours indirect… Au cinéma, il n’est pas possible d’entrer dans la tête d’un personnage, à moins que l’on ait recours à la voix off, qui permet de commenter l’action, et même de retourner en arrière… Cette voix off, qui est donc en dehors du champ de vision du spectateur, et en dehors du temps de l’action, est souvent assimilée à la voix inexorable du destin : dans un film noir, il est fréquent que cette voix, qui ouvre le film, soit celle du protagoniste qui nous invite à revisiter le passé avec lui, et à prendre part à des événements qui, en général, l’ont amené à la déchéance, ou à découvrir une vérité sordide ou mortifère. D’autre part, un son ou une musique peuvent avoir une portée psychologique : l’intensité d’un bruit correspond alors à la façon dont un personnage le perçoit, ou à la façon dont le metteur en scène veut le mettre en avant : l’illustration devient alors manipulation.

·C’est sur ce point qu’il convient à présent d’insister. L’effet Koulechov n’existe pas seulement, à notre avis, pour l’image, il existe aussi pour le son : une même scène illustrée par une musique différente n’aura pas le même sens. Bien plus, un son des plus ordinaires peut prendre une signification qui n’a rien à voir avec son origine : une sirène de locomotive, qui annonce simplement un départ ou une arrivée, peut se charger de toutes sortes de connotations : liberté, menace, nostalgie… Elle est même un vecteur vers le passé… Les cinéastes américains utilisent souvent le bruitage pour annoncer une scène avant qu’une autre ne soit terminée : ils introduisent cette nouvelle scène en greffant un son qui lui appartient sur la scène qui se termine. Il n’y a donc pas de son réellement « neutre » au cinéma, ne serait-ce que par le choix qu’opère le réalisateur de l’utiliser, ou de l’éliminer. C’est la raison pour laquelle certains réalisateurs vont jusqu’à refuser toute musique pour leur film, craignant de trop en dire au spectateur, ou de créer une fausse réalité, ou encore, de déboucher sur le pléonasme… Parlons donc maintenant de la musique.

 

QUELLE MUSIQUE CHOISIR ?

·Il faut d’abord distinguer, pour reprendre la terminologie de Michel Chion, la musique d’écran, la musique hors champ, et la musique off. Une musique d’écran est issue d’un ou de plusieurs instruments que l’on voit à l’écran. Si la caméra quitte ces instruments, la musique devient hors champ, musique de fosse. Ettout de suite, la question se pose de savoir si la musique a un simple rôle de fond sonore, ou si elle participe déjà à l’action.

·A partir du moment où la musique devient « off », elle se montre comme l’héritière de l’opéra… On sait qu’une belle musique peut pallier les insuffisances d’un scénario : c’est ce qu’a voulu faire Jerry Goldsmith pour « La Momie », et il s’en est si peu caché qu’il a été écarté de la suite « Le Retour de la Momie ». Certaines partitions ont eu plus de succès que les films qu’elles accompagnaient, et font partie de notre héritage culturel. Mais le reproche essentiel qu’on peut adresser à la musique de film est d’être pléonastique, et de souligner lourdement ce qui est déjà présent à l’écran, à la façon des rires que l’on entend dans certains « soap opéras » qui indiquent au spectateur que le passage est drôle. Par contre, la musique peut aussi amplifier un état d’âme, indiquer la tension ou l’émotion qui habite un personnage, et c’est tout le rôle que lui attribuent des cinéastes comme  Leone. Plus encore, une musique d’orchestre peut devenir peu à peu musique hors champ, puis musique « off » : elle offre alors une ouverture spatiale, temporelle, psychologique, et ajoute à l’espace mental du personnage l’espace du spectateur qui lui apporte sa propre part d’affectivité. Enfin, la musique peut avoir une valeur descriptive, et situer une époque, un genre cinématographique, une région, voire les origines d’un personnage. De là vient le dilemme pour tout compositeur de musique de film : doit-il créer une œuvre autonome, qui puisse avoir une existence propre en dehors du film ? doit-il se soumettre au film totalement, au point de passer inaperçu, et de créer une partition dépourvue de toute saveur ? Le statut même du compositeur de musique de film montre cette ambiguïté : dans les années trente, aux Etats-Unis, le compositeur, comme le réalisateur, était sous contrat, et pouvait être assimilé à un simple artisan ; de nos jours encore, il n’est pas reconnu, sauf cas exceptionnel, comme un musicien digne de ce nom, et, en France, il doit travailler dans l’urgence, en utilisant les miettes que le budget a bien voulu lui laisser. Eléments indispensables du film, le son et la musique oscillent sans cesse entre les différents rôles qu’on leur attribue, et plutôt que de rechercher une généralisation, on doit modestement s’en tenir à une analyse ponctuelle, film par film, auteur par auteur, de ce qu’ils peuvent apporter au sens, à l’émotion et à l’esthétique de l’œuvre.

 

EXTRAITS DE FILMS UTILISES.

·Le cinéma a-t-il été muet : « Le Mécano de la Générale »

·Le son diégétique : « Le Bon, la Brute et le Truand »

·Le son diégétique, effet de réel , et psychologique : « Le deuxième souffle »

·Le son hors champ : « Jour de fête »

·Le son off, voix du destin : « Laura »

·Le son, manipulation psychologique : « Pale Rider », « Il était une fois en Amérique »

·La musique redondance : un film d’action américain

·La musique d’écran et la musique « off » : « Adios Sabata »

·La musique ouverture spatiale, temporelle, psychologique : « Il était une fois dans l’Ouest »

·Analyse de génériques : « Psychose » ou « Vertigo »; « Sierra Torride »

·Quelle musique choisir : « Le grand Silence »

 

Bruno Vermot-Gauchy

 


 

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