Le Cuirassé Potemkine

Le Cuirassé Potemkine 1925 Sergueï Mikhaïlovitch EISENSTEIN (1898-1948)

 

Ce film a été désigné par un jury d’historiens du cinéma de vingt-six nations, par 100 voix sur 117, comme « le meilleur film de tous les temps » (Bruxelles, 1958).

 

En 1925, Eisenstein a vingt-sept ans. C’est la commission, chargée par le Comité central du Parti communiste d’organiser le jubilé de la révolution manquée de 1905, et qui comprend dans ses rangs le commissaire du peuple à l’Instruction publique Lounatcharski et le peintre Malevitch, qui a désigné le cinéaste pour réaliser un film commémoratif.

 

Le manuscrit prévoit un récit grandiose, qui commence à la fin de la guerre russo-japonaise et se termine par l’insurrection écrasée à Moscou. Des épisodes doivent se situer à Saint-Pétersbourg, Bakou, Odessa, Sébastopol, en Extrême-Orient et dans le Caucase…

 

Le tournage commence à Léningrad, par la reconstitution des grèves et des manifestations, mais le mauvais temps l’interrompt. Eisenstein part pour Odessa, puis décide brusquement de renoncer à L’Année 1905 pour se consacrer à ce qui a été prévu comme l’un des brefs épisodes de l’épopée : la célèbre mutinerie du cuirassé Potemkine, qui a déjà inspiré quelques films occidentaux, dont Eisenstein ignore l’existence (voir en particulier Les Evénements d’Odessa, Zecca, 1905).

 

Le film correspond donc à une page sur le manuscrit de L’Année 1905. On y trouve une esquisse en cinq « actes », qui forment, déjà, l’ossature du film :

1) Des hommes et des vers

2) Drame sur la plage arrière (la mutinerie)

3) Le sang crie vengeance (le corps du marin exposé dans la ville)

4) L’escalier d’Odessa

5) Le passage à travers l’escadre

Jean Mitry compare cette progression à celle de la tragédie classique.

 

Pour le tournage, Eisenstein utilise un cuirassé du même type que le Potemkine :  Le Douze Apôtres. Les acteurs, à quelques exceptions près, sont des non-professionnels. L’état d’esprit recherché par le cinéaste est celui d’ « actualités reconstituées ». Le chef opérateur est Edouard Tissé (né en Lituanie – 1897-1962)

 

On trouve cependant dans le film certains éléments de fiction. Par exemple, l’épisode d’Odessa sur l’escalier n’a pas eu lieu. Cette scène résume la boucherie de Bakou, la journée sanglante du 9 janvier à Saint-Pétersbourg, ou le meeting du théâtre de Tomsk…

 

L’œuvre est interdite par toutes les censures du monde pour son contenu social révolutionnaire (elle le sera en France pendant vingt-sept ans, jusqu’en 1953 !).

 

Les théories du montage d’Eisenstein y sont amplement illustrées. Eisenstein voulait un montage intellectuel ou idéologique. Par exemple, dans La Grève, il a mis en parallèle des ouvriers fusillés et des animaux égorgés, comparaison qui signifiait la brutalité de la police tzariste. C’est ce qu’Eisenstein appelait le « montage des attractions ».

 

Par ailleurs, dans la deuxième moitié des années vingt, on utilise aussi le « montage impressionniste », caractérisé par une succession très rapide de plans très brefs, ce qui crée une impression forte de violence et de vitesse. On peut dénombrer plusieurs milliers de plans dans un film, alors que dans les années soixante, on n’en compte plus que de 500 à 700. Il faut ajouter à cette rapidité l’emploi, pour l’épisode de l’escalier d’Odessa, de nombreuses ellipses.

 

Il est difficile aujourd’hui de trouver une copie réellement complète du film. En 2008, les éditions MK2 ont publié une version définitive ( !?), analysée ainsi par le magazine Première (n°379, septembre 2008, p. 115) : « Dès 1926, Le Cuirassé Potemkine a été acheté, négatifs compris, par une société allemande qui en a revu le montage avant que la censure locale ne s’en mêle. Or, c’est à partir de cette copie mutilée qu’ont été élaborées les versions suivantes : celle de 1950, très lacunaire, puis celle de 1976 (utilisée pour la précédente édition DVD française), qui retrouvait une grande partie des plans d’origine. La toute nouvelle version de 2005 (proposée par ce double DVD) rajoute en fait quinze plans, primordiaux pour l’histoire du cinéma mais difficiles à repérer car intégrés à des séquences déjà existantes. Les deux grandes nouveautés sont le rétablissement en exergue du texte de Trotski (remplacé par une citation de Lénine quand son compère est tombé en disgrâce !) et la colorisation du drapeau rouge hissé sur le mât du Potemkine au troisième acte, comme lors de la première projection du film. Par ailleurs, cette restauration reprend la partition originale d’Edmund Meisel prévue pour l’accompagnement sonore. Elle permet d’autre part de voir les images du film dans leur format d’origine. »

 

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