La Nuit du chasseur

 

La Nuit du chasseur   -   Charles LAUGHTON   -   1955

 

 

Titre original      The Night of  the Hunter   Sortie 29/09/1955 Réalisation           Charles LAUGHTON          93 min.   E.-U.

Distribution         Robert MITCHUM, Shelley WINTERS, Lilian GISH, Peter GRAVES

Scénario               David GRUBB (novel), James AGEE, Charles LAUGHTON

Musique                Walter SCHUMANN          Photographie       Stanley CORTEZ (qui a été le directeur de la photographie de La Splendeur des Amberson d’Orson Welles)

 

Unique film, réalisé aux Etats-Unis, de l’acteur britannique Charles LAUGHTON (1899 – 1962 – naturalisé américain en 1950 - il a en particulier incarné un Quasimodo stupéfiant dans le film muet Le Bossu de Notre-Dame, tiré du roman de Victor HUGO, Notre-Dame de Paris). En raison de l’échec commercial de son œuvre, LAUGHTON ne pourra plus tourner d’autres films. Pourtant, La Nuit du chasseur obtient aujourd’hui la reconnaissance qui lui est due. Ce film inclassable offre un stupéfiant mélange des genres :

- le western           - le film noir         - le conte cauchemardesque, lié à l’expressionnisme  - le film social                      - le récit initiatique             - la fable philosophique, à forte connotation biblique

 

Il convient d’ajouter que certains passages comportent une très grande poésie, et que le tout baigne dans une intertextualité forte : par exemple, la période où se déroule le film correspond à la crise qui a suivi le krach de 1929, et évoque Les Raisins de la colère, le roman de STEINBECK adapté à l’écran par John FORD (c’est ce qui explique que l’alcool soit si mal vu par les personnages, car c’est l’époque de la Prohibition). Les cheveux flottant au gré du courant de Shelley WINTERS renvoient au personnage de la noyée Ophélia de la pièce Hamlet de Shakespeare. La présence de l’actrice Lilian GISH est un hommage rendu aux films de David W. GRIFFITH. Le hurlement poussé à la fin par Robert MITCHUM évoque celui d’un loup tiré d’un conte : le loup, en terme de psychanalyse, est lié aux craintes enfouies du Moyen Age, mais il est aussi le séducteur, qui entraîne les jeunes filles hors du droit chemin. Le couteau de Robert MITCHUM a d’ailleurs une valeur sexuelle. Quant à la pomme qui marque la fin du film, et qui est le plus beau « cadeau », elle indique que les enfants ont retrouvé le paradis terrestre d’Adam et Eve (voir La Genèse, le premier livre de La Bible).

 

Par ailleurs, la vision qui est donnée des adultes – si l’on excepte le personnage incarné par Lilian GISH et qui représente la Mère et l’Amour absolu – est très négative : ils sont aveuglés dans tous les sens du terme (voir l’évolution de la foule, qui accueille le pasteur, puis veut le lyncher), lâches (voir le vieil ivrogne), violents (voir la police et le mari de Shelley WINTERS, que joue Peter GRAVES – lequel trouvera la célébrité dans la série Mission impossible), et les enfants sont plus intelligents, plus courageux, plus nobles qu’eux. Le pasteur ressemble fortement à un bonimenteur de foire (voir l’histoire de Hate et Love, qu’il raconte comme s’il voulait vendre une potion quelconque), et il correspond à certains prédicateurs américains capables de provoquer la transe des foules (voir la confession de Shelley WINTERS). Mais il ne faut absolument pas croire que LAUGHTON attaque la religion : l’affrontement entre MITCHUM et Lilian GISH est celui de deux religiosités, marqué par la manière dont chacun interprète à sa manière la chanson Leaning on the everlasting arm, « Penché, s’appuyant sur les armes éternelles ». Ce film recèle un fort sentiment religieux, fondé sur l’opposition du Bien et du Mal.

 

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