Citizen Kane : le première séquence

Quelques pistes pour une analyse filmique

Le début de la première séquence de Citizen Kane d’Orson WELLES (1941)

Cette analyse de l’image s’inscrit dans le cadre d’une séquence intitulée « La vie des autres » dont l’objectif est de cerner les problématiques liées à l’écriture biographique. Elle permet de les rappeler et de les illustrer.

Elle pourrait également servir de point de départ pour aborder l’objet d’étude « Le Biographique ».

Problématiques possibles selon la perspective choisie :

-Comment cette séquence filmique utilise-t-elle le langage cinématographique pour rendre compte des difficultés liées à la volonté de dire une vie ?

-Comment le seuil de l’œuvre, en dehors des indications liées à l’intrigue, pose-t-il aussi les problèmes liés à l’écriture d’une vie ? (à rapprocher des premières lignes de Souvenirs pieux de Yourcenar ou de W ou le souvenir d’enfance de Perec)

Plan 1 :

Le plan initial sera également le plan final. Il s’agit d’un gros plan sur un panneau indiquant « No trespassing ».

Au niveau du récit il indique les limites de la propriété de Kane.

Au niveau métaphorique il renvoie à l’impossibilité de percer à jour l’existence d’un homme. On peut signaler d’ailleurs que le plan initial sera également le plan final.

no-trespassing.jpg

Plans 2 et 3 :

Dans un fondu enchaîné vertical ces plans nous font pénétrer à l’intérieur de la propriété. Il est ainsi intéressant de noter que si dans l’idée on progresse vers la maison de Kane dans la réalité on reste sur le seuil.

Plan 4 :

Un fondu enchaîné nous permet de pénétrer un peu plus loin dans le domaine.

Sur ce plan, l’initiale sur le portail et la maison à la fenêtre éclairée fonctionnent comme des métonymies de Charles Foster Kane. Le « K » et Xanadu disent l’importance du personnage dans ce qui le représente extérieurement.

Pour ce qu’il est intérieurement peut-être faudra-t-il attendre de s’avancer vers cette fenêtre éclairée…

grille-xanadu.jpg

 

Plan 5 :

Le plan montre une partie du domaine de Xanadu.

La cage dans laquelle se trouvent des petits singes renvoient au faste de l’incroyable domaine bâti par Kane. Mais on peut aussi voir dans ce plan un symbole de l’enfermement dans la mesure où la cage prolonge les grillages et les grilles des plans précédents.

Ce plan permet aussi de se rapprocher un peu plus de la fenêtre éclairée…

Plan 6 :

Ce plan montre un autre aspect du domaine de Xanadu.

Le décor renvoie à l’univers vénitien avec les gondoles qui flottent sur une eau où se reflète l’image de la maison de Kane. On retrouve ainsi la thématique du miroir et sa richesse en tant que symbole. Au niveau du récit, la personnalité de Kane se révèle par les différents témoignages fournis par ces proches mais ce sont autant d’images floues ou contradictoires. La fin du film nous fournira un autre plan qui utilisera à nouveau ce symbole : Kane, en pied, se reflétera à l’infini dans un des miroirs de son imposante maison. Son être est fait de reflets qui empêchent qu’on le saisisse en son entier. Ce plan nous confronte à une problématique fondamentale du genre biographique.

 xanadu-venise.jpg

Plans 7 et 8:

Les plans suivants sont noyés dans une sorte de brume. On s’approche de cette fenêtre éclairée dans un décor de légende. La propriété bâtie à son image ne nous délivre du personnage Kane qu’un univers de faux-semblants, un décor de carton-pâte.

Plans 9 et 10:

La maison vient peu à peu occuper l’espace du cadre. La fenêtre occupe toujours le même espace du cadre, en haut à droite mais grandit peu à peu. Bien que le spectateur se soit approché en traversant cinq univers différents le mystère reste entier

Plans 11 et 12:

La fenêtre éclairée apparaît enfin en gros plan. Pour autant elle est encore barrée par les croisillons qui la composent. Alors que nous sommes peut-être sur le point de percer le mystère de ce qui se cache derrière, celle-ci s’éteint. L’attente du spectateur est déjouée.

 fenetre-de-chambre.jpg

Indications bibliographiques

André BAZIN Orson Welles éd. Cahiers du cinéma (1998)

Un site : http://analysefilmique.free.fr/analyse/c/citizen.php

Véronique CARDAMONE, professeur de Lettres Modernes au Lycée Auguste Ren

 

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