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2. ENTRER EN 6° - Recopier un texte : un conte de Perrault (1)
Un élève qui arrive en 6° devrait pouvoir recopier sans faute un texte de 10 à 15 lignes. Si tel n’est pas le cas, nous vous conseillons vivement de proposer le plus régulièrement possible cet exercice à votre enfant. Vous trouverez ci-dessous quelques textes choisis à cet usage, de niveau 6°...
PERRAULT01.jpg

Le Maître Chat ou le Chat Botté

 
 
Charles PERRRAULT (1728-1703)



Un Meunier ne laissa pour tous biens à trois enfants qu'il avait, que son Moulin, son Ane, et son Chat.
Les partages furent bientôt faits, ni le Notaire, ni le Procureur1 n'y furent point appelés. Ils auraient eu bientôt mangé tout le pauvre patrimoine2. L'aîné eut le Moulin, le second eut l'Ane, et le plus jeune n'eut que le Chat.
Ce dernier ne pouvait se consoler d'avoir un si pauvre lot :
"Mes frères, disait-il, pourront gagner leur vie honnêtement3 en se mettant ensemble ; pour moi, lorsque j'aurai mangé mon chat, et que je me serai fait un manchon4 de sa peau, il faudra que je meure de faim."
Le Chat qui entendait ce discours, mais qui n'en fit  pas semblant, lui dit d'un air posé et sérieux :
"Ne vous affligez point, mon maître, vous n'avez qu'à me donner un Sac, et me faire faire une paire de Bottes pour aller dans les broussailles, et vous verrez que vous n'êtes pas si mal partagé5 que vous croyez."
Quoique le Maître du chat ne fît pas grand fond là−dessus, il lui avait vu faire tant de tours de souplesse, pour prendre des Rats et des Souris, comme quand il se pendait par les pieds, ou qu'il se cachait dans la farine pour faire le mort, qu'il ne désespéra pas d'en être secouru dans sa misère. (texte 1/6)

 1. procureur : officier de justice  2. patrimoine : biens de famille  3. honnêtement : de manière satisfaisante  4. manchon : pièce d’étoffe dans laquelle on met les mains pour se protéger du froid  5. si mal partagé : le sort ne vous a pas autant défavorisé que vous ne le pensez  6. ne fit pas grand fond : ne le crût pas trop.
 
 PERRAULT02.jpg   
 Le chat se botta bravement... 
Lorsque le chat eut ce qu'il avait demandé, il se botta bravement1, et mettant son sac à son cou, il en prit les cordons avec ses deux pattes de devant, et s'en alla dans une garenne2 où il y avait grand nombre de lapins. Il mit du son et des lasserons3 dans son sac, et s'étendant comme s'il eût été mort, il attendit que quelque jeune lapin, peu instruit encore des ruses de ce monde, vînt se fourrer dans son sac pour manger ce qu'il y avait mis.
A peine fut-il couché, qu'il eut contentement ; un jeune étourdi de lapin entra dans son sac, et le maître chat tirant aussitôt les cordons le prit et le tua sans miséricorde4. Tout glorieux de sa proie, il s'en alla chez le Roi et demanda à lui parler. On le fit monter à l'Appartement de sa Majesté, où étant entré il fit une grande révérence au Roi, et lui dit :
"Voilà, Sire, un Lapin de Garenne que Monsieur le Marquis de Carabas (c'était le nom qu'il lui prit en gré5 de donner à son Maître), m'a chargé de vous présenter de sa part.
− Dis à ton Maître, répondit le Roi, que je le remercie, et qu'il me fait plaisir."
Une autre fois, il alla se cacher dans un blé6, tenant toujours son sac ouvert ; et lorsque deux Perdrix y furent entrées, il tira les cordons, et les prit toutes deux. Il alla ensuite les présenter au Roi, comme il avait fait le Lapin de garenne… (texte 2/6)

1. bravement : comme il faut 2. garenne : zone boisée réservée à la chasse 3. lasserons : herbe adorée par les lapins 4. sans miséricorde : sans pitié 5. qu’il lui en prit gré : qu’il eut envie 6. un blé : un champ de blé
 
 PERRAULT03.jpg
  Un jeune étourdi de lapin entra dans son sac...
  
Un jour qu'il sut que le Roi devait aller à la promenade sur le bord de la rivière avec sa fille, la plus belle Princesse du monde, il dit à son Maître :
"Si vous voulez suivre mon conseil, votre fortune est faite : vous n'avez qu'à vous baigner dans la rivière à l'endroit que je vous montrerai, et ensuite me laisser faire."
Le Marquis de Carabas fit ce que son chat lui conseillait, sans savoir à quoi cela serait bon. Dans le temps qu'il se baignait, le roi vint à passer, et le Chat se mit à crier de toute sa force :
"Au secours, au secours, voilà Monsieur le Marquis de Carabas qui se noie ! "
A ce cri le roi mit la tête à la portière, et reconnaissant le Chat qui lui avait apporté tant de fois du gibier, il ordonna à ses gardes qu'on allât vite au secours de Monsieur le Marquis de Carabas. Pendant qu'on retirait le pauvre Marquis de la rivière, le Chat s'approcha du carrosse, et dit au roi que dans le temps que son maître se baignait, il était venu des voleurs qui avaient emporté ses habits, quoiqu'il eût crié au voleur de toute sa force ; le drôle les avait cachés sous une grosse pierre. Le roi ordonna aussitôt aux officiers de sa garde−robe d'aller quérir1 un de ses plus beaux habits pour Monsieur le Marquis de Carabas.  (texte 3/6)

 1. quérir : chercher
 
 PERRAULT04.jpg
 Au secours !
  
Le roi voulut qu'il montât dans son carrosse, et qu'il fût de la promenade. Le Chat ravi de voir que son dessein1 commençait à réussir, prit les devants, et ayant rencontré des paysans qui fauchaient un pré, il leur dit :
"Bonnes gens qui fauchez, si vous ne dites au roi que le pré que vous fauchez appartient à Monsieur le Marquis de Carabas, vous serez tous hachés menu comme chair à pâté."
Le roi ne manqua pas à demander aux faucheux à qui était ce pré qu'ils fauchaient.
"C'est à Monsieur le Marquis de Carabas", dirent-ils tous ensemble, car la menace du Chat leur avait fait peur.
"Vous avez là un bel héritage2, dit le roi au Marquis de Carabas.
− Vous voyez, Sire, répondit le Marquis, c'est un pré qui ne manque point de rapporter abondamment toutes les années." […]
Le Chat, qui allait devant le carrosse, disait toujours la même chose à tous ceux qu'il rencontrait ; et le roi était étonné des grands biens de Monsieur le Marquis de Carabas. (texte 4/6)

 1.  son dessein : son plan   2. un bel héritage : un beau domaine
 
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  "Le pré que vous fauchez appartient à Monsieur le Marquis de Carabas" 
L'Ogre le reçut aussi civilement1 que le peut un Ogre, et le fit reposer.
"On m'a assuré, dit le Chat, que vous aviez le don de vous changer en toute sorte d'animaux, que vous pouviez par exemple vous transformer en lion, en éléphant ?
− Cela est vrai, répondit l'Ogre brusquement, et pour vous le montrer, vous m'allez voir devenir lion."
Le Chat fut si effrayé de voir un lion devant lui, qu'il gagna aussitôt les gouttières, non sans peine et sans péril, à cause de ses bottes qui ne valaient rien pour marcher sur les tuiles.
Quelques temps après, le Chat, ayant vu que l'Ogre avait quitté sa première forme, descendit, et avoua qu'il avait eu bien peur.
"On m'a assuré encore, dit le Chat, mais je ne saurais le croire, que vous aviez aussi le pouvoir de prendre la forme des plus petits animaux, par exemple, de vous changer en un rat, en une souris ; je vous avoue que je tiens cela tout à fait impossible.
− Impossible ? reprit l'Ogre, vous allez voir", et en même temps il se changea en une souris, qui se mit à courir sur le plancher. Le Chat ne l'eut pas plus tôt aperçue qu'il se jeta dessus, et la mangea. Cependant le roi, qui vit en passant le beau château de l'Ogre, voulut entrer dedans… (texte 5/6)

 1. civilement : poliment
 
 
 PERRAULT08.jpg
Impossible ?
 
Le Chat, qui entendit le bruit du carrosse qui passait sur le pont−levis, courut au−devant, et dit au roi :
"Votre majesté soit la bienvenue dans le château de Monsieur le Marquis de Carabas.
− Comment, Monsieur le Marquis, s'écria le roi, ce château est encore à vous ! Il ne se peut rien de plus beau que cette cour et que tous ces bâtiments qui l'environnent ; voyons les dedans1, s'il vous plaît."
Le marquis donna la main à la jeune princesse, et suivant le roi qui montait le premier, ils entrèrent dans une grande salle où ils trouvèrent une magnifique collation que l'Ogre avait fait préparer pour ses amis qui le devaient venir voir ce même jour-là, mais qui n'avaient pas osé entrer, sachant que le roi y était. Le roi charmé des bonnes qualités de Monsieur le Marquis de Carabas, de même que sa fille qui en était folle, et voyant les grands biens qu'il possédait, lui dit, après avoir bu cinq ou six coups :
"Il ne tiendra qu'à vous, Monsieur le Marquis, que vous ne soyez mon gendre."
Le Marquis, faisant de grandes révérences, accepta l'honneur que lui faisait le roi ; et dès le même jour épousa la princesse. Le Chat devint grand seigneur, et ne courut plus après les souris, que pour se divertir. (texte 6/6)

 1. voyons les dedans : voyons l’intérieur.

 
PERRAULT07.jpg
 



Date de création : 18/06/2011 @ 01:41
Dernière modification : 20/06/2011 @ 00:29
Catégorie : 2. ENTRER EN 6°
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