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5. LE BREVET - Brevet blanc corrigé 2011


Première partie (25 points)

Corrigé des Questions (15 points)

I. Une scène décisive

1. Relevez précisément dans le début du texte les éléments qui indiquent où et quand se déroule la scène. (1 point)
La scène se déroule "dans un coin de la cour", "une après-midi, à la récréation de quatre heures".
Point Méthode 1 : les premières questions consistent souvent à relever des éléments du texte sur le thème abordé (ici : en quoi la scène évoquée dans le texte est-elle décisive ?). Ensuite on vous demandera d’analyser et d’interpréter. C’est la base de tout travail d’explication littéraire.
Pont Méthode 2 : Ne vous contentez pas de citer les éléments demandés, intégrez-les dans une phrase construite.
 
2. « Je me souviens encore du singulier effet que me produisit cette menace. »
a) Identifiez le temps de chacun des verbes (0,5 point)
Le premier verbe, "souviens", est au présent (de l'indicatif).
Le second, "produisit", est au passé simple.
 
b) Donnez-en la valeur. (1 point)
Pour le premier verbe, "souviens", il s'agit d'un présent d'énonciation.
Le passé simple du second, "produisit", est un passé simple de narration ; il exprime une action passée de premier plan, considérée comme brève (ou envisagé dans sa globalité) : c’est l'instant où le narrateur a éprouvé ce "courage énorme".
 
c) A quelles époques de la vie du narrateur renvoient-ils ? (1 point)
Le premier verbe, "souviens", renvoie au présent du narrateur, au moment où il se remémore ces événements, probablement à l'âge adulte. Il s’agit ici d’un énoncé ancré dans la situation d’énonciation.
Le second, "produisit", renvoie au passé du narrateur, à son enfance.
L’énoncé est alors coupé de la situation d’énonciation. Nous sommes dans le RECIT.


3. « Il m'initia d'un ton un peu rude, comme un conscrit dans l'énergie duquel on a une médiocre confiance. »
            a) Dans le contexte de la phrase, expliquez le sens du verbe « initier ». (0,5 point)
"Initier" signifie ici "informer", "mettre dans la confidence". Le grand Michu révèle son projet secret au narrateur.
 
b) Quelle figure de style est utilisée dans cette phrase ? (0,5 point)
C'est une comparaison.

c) Expliquez le rapport qu’elle établit entre les deux personnages. (0,5 point)
Cette comparaison établit un rapport hiérarchique et militaire entre les deux protagonistes : l'instructeur "au ton rude" et le "conscrit".


II. Le grand Michu et le narrateur.


1. Dans l’ensemble du texte, relevez quatre mots ou expressions qui permettent de dresser un portrait physique de Michu. (1 point)
Michu est un "grand [...] gaillard aux poings énormes" et aux "yeux gris" qui parle d'une "voix grasse de paysan à peine dégrossi".
Même remarque que précédemment : les relevés sont intégrés dans une phrase…

2. « Il avait un air grave qui me frappa d'une certaine crainte; car le grand Michu était un gaillard, aux poings énormes, que, pour rien au monde, je n'aurais voulu avoir pour ennemi. »
Relevez les deux propositions subordonnées. Précisez leur classe grammaticale. (1,5 point)
Cette phrase contient deux propositions subordonnées relatives :
- "qui me frappa d'une certaine crainte"
- "que, pour rien au monde, je n'aurais voulu avoir pour ennemi."

Quand on classe les propositions subordonnées en fonction du mot subordonnant qui les introduit, on distingue trois types de propositions subordonnées :
·         Les subordonnées relatives, introduites par un pronom relatif (qui, que, quoi, dont, où, lequel...)
·         Les subordonnées conjonctives (introduites par une conjonction de subordination (que, parce que, pour que, si bine que, comme, si...)
·         Les subordonnées interrogatives indirectes (introduites par un mot subordonnant : pronom interrogatif –qui, que…- adjectif interrogatif –quel(les) - adverbe interrogatif – où, quand, combien…-).
 
Mot subordonnant
Nature de la subordonnée
Fonction de la subordonnée
exemples
Pronom relatif
PSR
Complément de son antécédent
Nous admirions Michu qui avait monté la révolte.
Conjonction de subordination
PSC
COD du verbe introducteur de la subordonnée
ou
Complément circonstanciel
 
Michu déclara que la nourriture était infecte. (= subordonnée complétive)
                                          
 
Quand Michu approcha, j’eus peur ! (temps)
Nous l’admirions parce qu’il avait monté la révolte.(cause)
Mot interrogatif
PSII
COD du verbe introducteur
Le proviseur ne savait pas qui avait monté la révolte.
 

3. D’après vos réponses aux questions 1 et 2, précisez le sentiment que Michu inspire au narrateur. (0,5 point)
Michu inspire de la crainte au narrateur.

4. Quel autre effet Michu produit-il sur le narrateur ?
Relevez, dans la suite du texte, deux mots ou expressions qui justifient votre réponse. (1,5 point)
Le narrateur éprouve également de « l'admiration » pour ce personnage : il est "flatté d'être de quelque chose avec lui".


5. « Je me souviens encore du singulier effet que me produisit cette menace. Elle me donna un courage énorme. »
a) Donnez le sens de « singulier » dans le contexte de la phrase. (0,5 point)
"Singulier" signifie ici "unique", "particulier", "paradoxal".
 
b) En quoi cet adjectif est-il approprié pour évoquer la réaction du narrateur ? (0,5 point)
La menace proférée par Michu devrait intimider le narrateur, lui faire peur, or c'est tout le contraire, elle lui donne "un courage énorme". C'est paradoxal, "singulier".


III. Un sujet bien mystérieux.


1. « Écoute, me dit-il de sa voix grasse de paysan à peine dégrossi, écoute, veux-tu en être ? »
a) Quelle est la classe grammaticale de « en » ? (0,5 point)
« En » est un pronom personnel (adverbial).
 
b) Que représente ce mot ? (0,5 point)
Ce pronom représente le "complot" et les élèves qui le préparent. La question peut-être reformulée ainsi : "Veux-tu participer à ce complot ?"
 
2. Dans l’ensemble du texte, citez quatre indices qui soulignent le caractère mystérieux du projet de Michu. (1 point)
Le projet de Michu n'est pas tout de suite nommé, le narrateur n’emploie qu’un simple pronom dans la première réplique « en ». Ce caractère mystérieux se trouve encore accentué par le lexique utilisé par le narrateur avec des termes comme "secret", "confidence". Enfin l'attitude de Michu est révélatrice : il s'exprime "à voix basse" d'un "air grave".


3. « Bast ! Me disais-je, ils peuvent bien me donner deux mille vers ; du diable si je trahis Michu ! »
a) Comment les paroles sont-elles rapportées ? (0,5 point)
 Les paroles sont rapportées au discours direct (style direct).

RAPPEL : des paroles peuvent être rapportées au style direct, indirect et indirect libre.
 
 Style direct :
« Ils peuvent bien me donner deux mille vers, je ne trahirai pas Michu ! », se disait-il…
Style indirect 
Il se disait qu’ils pouvaient bien lui donner deux mille vers mais qu’il ne trahirait pas Michu.
Style indirect libre :
Notre héros se sentait un courage énorme ! Ils pouvaient bien lui donner deux mille vers, il ne trahirait pas Michu !

b) Que révèlent-elles sur l’état d’esprit du narrateur ? (0,5 point)
L'interjection "Bast !", les exclamations et le dénigrement du risque puisque le narrateur est prêt à accepter « deux mille vers » pour suivre Michu, tous ces indices, mis en relief par le style direct, montrent la détermination du narrateur.


4. D’après l’ensemble des questions et votre lecture du texte, dites en quoi cet épisode a été déterminant dans la vie du narrateur. (1,5 point)
Pour prouver son courage, sa valeur et sa fidélité en amitié, le narrateur s'apprête à transgresser les règles, peut-être pour la première fois. Cet épisode semble avoir forgé son caractère en éveillant en lui le sens de l'honneur et de la camaraderie. Il va "enfin" vivre des aventures et quitter le monde de l'enfance...
 
 

Corrigé de la réécriture (4 points)

« Aussi, pendant que le grand Michu parlait, étais-je en admiration devant lui. Il m'initia d'un ton un peu rude, comme un conscrit dans l'énergie duquel on a une médiocre confiance. Cependant, le frémissement d'aise, l'air d'extase enthousiaste que je devais avoir en l'écoutant, finirent par lui donner une meilleure opinion de moi. »
Réécrivez ce paragraphe en mettant les verbes au présent de l’indicatif, et en remplaçant « le Grand Michu » par « Les deux garçons ».
« Aussi, pendant que les deux garçons parlent, suis-je en admiration devant eux. Ils m'initient d'un ton un peu rude, comme un conscrit dans l'énergie duquel on a une médiocre confiance. Cependant, le frémissement d'aise, l'air d'extase enthousiaste que je dois avoir en les écoutant, finissent par leur donner une meilleure opinion de moi. »
 
 
 

 
 
Corrigé de la dictée (6 points)

Ce jour-là, ils traînaient le long des chemins et leurs pas semblaient alourdis de toute la mélancolie du temps, de la saison et du paysage.
Quelques-uns cependant, les grands, étaient déjà dans la cour de l'école et discutaient avec animation. Le père Simon, le maître, sa calotte en arrière et ses lunettes sur le front, dominant les yeux, était installé devant la porte qui donnait sur la rue. Il surveillait l'entrée, gourmandait les traînards, et, au fur et à mesure de leur arrivée, les petits garçons, soulevant leur casquette, passaient devant lui, traversaient le couloir et se répandaient dans la cour.
Louis PERGAUD - La Guerre des boutons
 
 


Deuxième partie (15 points)


Corrigé de la rédaction :

La révolte a lieu. Le narrateur est puni. Il écrit à sa mère pour raconter les faits et justifier sa participation au complot.
Rédigez cette lettre, qui comportera une partie narrative et développera les arguments avancés par le narrateur pour expliquer son adhésion au projet de Michu.

Critères de réussite : respect des codes de la lettre, respect de la situation d’énonciation, cohérence par rapport au texte de départ, utilisation des discours narratif et argumentatif (présence de plusieurs arguments), Correction de la langue (respect de la construction des phrases, précision du vocabulaire, respect de l’orthographe).


Rédaction de Marion Vilain (3°1)
Ce mardi 15 février 1874
          Ma mère,
          Je suis désolé de te faire de la peine mais je devais participer à cette révolte. Ce qu’on mange à la cantine est dégoûtant. On en a assez ! Les professeurs, eux, ont des repas spéciaux, sûrement bien meilleurs que les nôtres. C’est ce que Michu nous a proposé de leur montrer. Oh ma mère, avec lui, j’étais sûr qu’on y arriverait !
          Lorsque la cloche a sonné l’heure du dîner, on était prêt. Michu, cinq de ses acolytes et moi-même. Le plan était simple. Je suis allé tromper la vigilance des cuisiniers. Mon but, c’était de les éloigner au maximum de la cuisine. Je me suis débrouillé comme j’ai pu, et finalement j’y suis parvenu. Michu et les autres sont alors partis en cuisine pour rajouter du sel, de l’herbe et des cailloux dans le potage des professeurs en leur laissant pour mot : « voici notre repas quotidien ». Ne pouvant retarder les cuisiniers plus longtemps, je suis parti rejoindre mes camarades dans le réfectoire. Michu et ses complices étaient déjà installés. Jusque-là, tout s’était bien passé. Lorsque les enseignants ont été servis et qu’ils ont vu le mot, ils se sont levés d’un même mouvement et ont demandé qui avait fait le coup. Ils menaçaient tout le monde de punition collective. Alors, Michu, si brave, si grand, s’est levé et a déclaré qu’il était l’auteur de ce coup d’éclat et, solidaires, nous l’avons soutenu, nous levant à notre tour. Voilà pourquoi nous avons été punis.
           Mère, tu comprends maintenant ? Je pense qu’il faut parfois des rebellions comme celle-ci pour faire bouger les choses. Et avoir Michu comme meneur, ce grand gaillard si digne, c’était un tel honneur ! Tu penses qu’on devrait se laisser faire ? Laisser les professeurs se régaler pendant que nous engloutissons avec peine cette bouillie infâme ? Alors là, sûrement pas ! Et même si nous sommes punis, je ne regrette pas d’avoir adhéré à ce projet, je regrette surtout de te décevoir, en fait. Vraiment ma mère, j’espère que tu as enfin compris notre but et que tu sauras être fière de cette bataille qui, à mon avis, restera dans l’histoire du collège !
Pardonne-moi de te donner tant de soucis.
Ton fils, Claude.

rédaction d'Amandine DORE (3°1)

Ma chère mère,

            Je vous écris pour vous donner des nouvelles et savoir comment vous allez depuis la dernière fois que je vous ai écrit. J’espère que Père n’est plus malade et que la maison n’a pas été de nouveau inondée à cause des pluies récentes. De mon côté, j’ai eu quelques ennuis, mais je vous en prie ne vous fâchez pas ! Je vais tout vous raconter.

            Tout a commencé lors d’une récréation en pleine après-midi. Michu, un élève très respecté, me prit à part pour me parler. Au début, je crus qu’il en avait après moi mais pas du tout, il me demanda si je voulais participer à l’un de ses projets. Comprenez-moi, mère, je ne pouvais refuser. Je ne pense pas que vous puissiez vous rendre compte, mais c’était la première fois que j’allais participer à ce genre de plan tellement palpitant ! Et puis si j’avais refusé, Michu ne me l’aurait pas pardonné et me l’aurait fait payer cher. Il m’aurait humilié sans cesse devant les autres élèves en me traitant de moins que rien, incapable d’être un homme, un vrai. Je ne voulais pas qu’il me voie comme ça et je voulais lui prouver que j’étais capable d’accomplir la mission qu’il allait me confier. Qu’auriez-vous fait à ma place ?

            Quoiqu’il en soit, il m’expliqua son projet : provoquer une révolte au réfectoire ! Il me fit alors part de tout ce qu’il allait falloir faire et me confia ma mission. Mon enthousiasme grandissait au fur et à mesure que l’on se rapprochait du dîner. J’avais hâte !
            J’attendais comme tout le monde dans la file du réfectoire. Quand ce fut à mon tour d’être servi, je fis tomber, imitant un geste maladroit, mon assiette remplie d’une espèce de bouillie immangeable, sur la dame qui m’avait servi. Elle se mit en colère et me traita de tous les noms pendant qu’elle se baissait pour ramasser la bouillie et l’assiette en éclats. Le grand Michu et ses deux autres complices, Roger et Basile, en profitèrent donc pour lancer les boulettes de bouillie que nous avions préparées. La dame se releva en entendant des cris, mais trop tard, la bataille avait commencé, elle ne pouvait plus rien faire. Je rejoignis Michu et ses copains, cachés derrière une table pendant que nous regardions la magnifique bataille que nous avions déclenchée.

            Malheureusement pour nous, la dame du réfectoire avait compris que j’y étais pour quelque chose et Louis, un autre élève, avait dénoncé Michu, Roger et Basile. Nous avons donc été punis pendant trois mois pour faire les corvées de vaisselle !

            Voilà Mère, vous savez tout. J’espère seulement que vous ne m’en voulez pas et puis comme je vous l’ai déjà dit, je voulais faire mes preuves auprès de Michu et devenir l’un de ses complices. Et puis je ne regrette rien car on s’est tellement amusé à participer à cette bataille de nourriture que cela méritait bien toutes les corvées de vaisselle ! Et je suis fier de ne plus être considéré comme un moins que rien auprès de Michu. Je ne pouvais dire non à ce projet car, croyez-moi, les tortures qu’aurait pu m’infligées ce gaillard sont bien plus cruelles que n’importe quelle punition du proviseur.
               
    A bientôt chère Mère,
                                                                                                 Votre fils, Pierre.

Rédaction proposée sur : http://marc.ne.free.fr
Les arguments du narrateur sont surlignés en vert...

Cours Saint-Louis de Monceau, 23 septembre. 
 
     Ma chère mère,
     Le pensionnat t’a sans doute informé de la sanction qui me frappe : je ne reviendrai pas à la maison avant le 5 du mois prochain.
      Pauvre maman, tu as dû en être bien étonnée car tu sais que l’opinion qu’on a de moi est ce qui compte le plus à mes yeux, que ne je ne hais rien plus que le désordre et l’insubordination. Et pourtant, sache que mes convictions sont intactes. Mon apparente déchéance cache en réalité une gloire nouvelle que je savoure avec intensité. Mais avant d’aller plus loin, et pour que tu puisses te faire une idée claire des circonstances qui ont guidé mes choix, il me faut te faire le récit complet des événements qui m’ont mené là où je suis. 
     Pour cela je dois remonter au mois de septembre, à mon arrivée au pensionnat. Je n’avais alors aucun ami et ma petite taille, mon allure chétive aussi bien que ma nervosité ne plaidaient pas en ma faveur. Je supportai cette situation les premières semaines car d’autres se trouvaient dans la même solitude et j’avais encore l’espoir de m’intégrer. Très vite, cependant, les groupes se formèrent et je ne faisais partie d’aucun. Les plus déshérités eux-mêmes avaient formé un clan - mieux vaut être mal accompagné qu’être seul pour traverser le désert de l’adolescence – et je fis tous mes efforts pour en être accepté. Espérant m’attirer la bonne grâce de mes semblables, je m’étais porté volontaire pour être chef de table à la cantine, rôle sans prestige qu’on me confia sans peine et qui me donnait l’occasion de servir ma tablée. En quête d’estime, j’effectuais cette tâche la main tremblante, avec une équité scrupuleuse, me servant toujours en dernier et offrant une bonne partie de ma part à mes camarades. Hélas ces sacrifices furent sans effet. Nul ne me parlait, nul ne me considérait. Au contraire ma maniaquerie nerveuse m’attira des railleries. Les « gueux » me surnommèrent le « nain hystérique ». Même les plus misérables me rejetaient : les laids, les sans-grade, les faibles – je les hais encore à présent - ne voulaient pas non plus de moi. Je me morfondais dans la peine et, le temps passant, cette peine tourna en rancœur et en jalousie.
      Car j’enviais les forts, et particulièrement le grand Michu, chef charismatique de la bande des plus grands, leader des leaders. Il avait sur tous un pouvoir invisible mais bien réel. Il pouvait d’une parole faire lever ou asseoir, faire aimer ou lyncher, donner et reprendre. Je voulais être Michu, rien d’autre désormais n’occupait mon esprit que cet objectif là : être respecté de tous, devenir le chef. Il me fallait pour cela m’approcher de lui. Il m’en offrit lui-même l’occasion.
     Depuis déjà quelques jours le mécontentement grognait à la cantine, le cuisinier était dépressif et sa cuisine s’en ressentait. Les plats se dégradaient au fil du temps, le poisson n’était pas frais, les viandes franchement suspectes, les sauces trop aigres ou trop salées. Michu décida que nous devions collectivement manifester notre insatisfaction. En ma qualité de chef de table, il avait besoin de moi, il vint donc me trouver pour m’exposer son plan. Flatté d’être dans la confidence d’un caïd comme lui, je lui promis d’être à la hauteur de la tâche qu’il me confiait : renverser les plats dans l’allée centrale, au signal qu’il donnerait, en même temps que les autres responsables de tablée. Bien peu de chose en somme, mais, tu t’en doutes bien, beaucoup pour moi qui déteste tant la saleté et le chahut. Qu’importe, la fin justifie les moyens et j’avais moi aussi un plan secret.
      Le jour venu, sitôt le poisson servi et sans attendre le signal, je me levai et jetai dans un geste théâtral le plat de morue à la sauce rouille prévu pour ma tablée. Dans la confusion, les autres chefs de table suivirent mon geste, croyant avoir manqué le signal de Michu. Vingt-cinq plats vinrent ainsi maculer le carrelage du réfectoire d’un brouet orange et nauséabond. Apparaissant aux yeux de tous comme l'initiateur de la conspiration, j’entamai alors la Marseillaise du plus fort que je pouvais et, bien que ce ne fût pas prévu par le plan de Michu, tous mes camarades, du premier au dernier, se levèrent pour chanter. Ce fut un joyeux désordre qui dura plusieurs minutes et même après l’arrivée des surveillants. Il fallut l’intervention du proviseur en personne et d’une escouade de professeurs pour les faire taire tout à fait. Rassure-toi, chère maman, pour ma part, aux yeux de nos maîtres, je ne suis en rien dans cet éclat : par prudence je m’étais rassis bien avant leur intervention.
     Ce matin, quand on nous a interrogés un par un dans la plus grande confidentialité, je n’ai rien dit, je ne savais rien, je n'ai pas trahi... Michu a été renvoyé chez son père, définitivement. Pour ma part, me voilà puni avec tous les autres pour ne pas avoir empêché ce complot. Aussi, étant consigné avec mes camarades, ne te verrai-je pas ce dimanche, ma tendre maman, mais ne t’en chagrine pas trop car cette sanction c’est le destin qui appelle ton fils !
      Cette nuit, à la lueur des bougies, quand le dernier surveillant aura rejoint sa chambre, je ferai un discours éloquent pour honorer le sacrifice de Michu, j’évoquerai notre glorieux combat, je féliciterai les forts et je flatterai les anciens. Puis, dans le silence du grand dortoir, je deviendrai le nouveau chef. Dès lors j’aurai tous les moyens de me venger de ces faibles qui me raillaient.
Ton fils respecté, 
Nicolas.
 

 

Date de création : 12/03/2011 @ 01:53
Dernière modification : 19/09/2011 @ 14:14
Catégorie : 5. LE BREVET
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