LE SITE DE LETTRES DES COLLEGES
VICTOR HUGO DE GASSIN
et
MOULIN BLANC DE SAINT-TROPEZ 

bannierelettres.jpg
  

6ème/5ème

Fermer 1. BIBLIOGRAPHIE

Fermer 2. ENTRER EN 6°

Fermer 3. GRAMMAIRE

Fermer 4. Langues cultures de l'ANTIQUITE

Fermer 5. HIST. ARTS 3 : Renaissance

4ème/3ème

Fermer 1. BIBLIOGRAPHIE

Fermer 21 TEXTES CLES : l'autobiographie

Fermer 31 HISTOIRE DE LA LITTERATURE

Fermer 32 HIST. ARTS 1 : modalités épreuve, méthodologie

Fermer 32 HIST. ARTS 2 : Arts, Etats et pouvoir.

Fermer 32 HIST. ARTS 3 : Arts, créations, cultures

Fermer 32 HIST. ARTS 4 : Arts, espace, temps

Fermer 41 ROMAN 1 : Si c'est un homme, Primo LEVI

Fermer 41 ROMAN 2 : Le Vieux qui lisait des romans d'amour, Luis SEPULVEDA

Fermer 41 ROMAN 3 : Balzac et la Petite Tailleuse chinoise, Dai SIJIE

Fermer 42 THEATRE 1 : le genre littéraire

Fermer 42 THEATRE 2 : Loin de Verdun, Dominique TCHORYK

Fermer 44 CINEMA 1 : Le Pianiste, Roman POLANSKI

Fermer 5. LE BREVET

Fermer 6. LE LYCEE

Fermer 7. Langues cultures de l'ANTIQUITE

Fermer 8. GRAMMAIRE

Connexion

Se reconnecter
---

Votre nom (ou pseudo) :

Votre mot de passe :


 Nombre de membres 47 membres


Connectés :

( personne )

Webmaster - Infos
Visites

   visiteurs

   visiteur en ligne

Calendrier
RETOUR

retour.gif

7. Langues cultures de l'ANTIQUITE - MYTHE 3 : Thésée et le Minotaure
 

THESEE ET LE MINOTAURE.

MINOTAURE1.jpg

 
MINOTAURE1_TX.jpg


1 . Chaque année les Athéniens devaient envoyer sept garçons et sept jeunes filles en Crète. 2. A cet endroit, le Minotaure tuait et dévorait les malheureux. 3. Or à cette époque, la ville d’Athènes était une cité pauvre et ne pouvait pas faire la guerre contre Minos. 4. C’est alors que Thésée, le fils du roi Athénien, décida d’aller en Crète. 5. « Avec des amis peu nombreux et courageux, je me rendrai en Crète et là, je tuerai le farouche animal. 6. Ainsi notre cité sera libre. » 7. Or la chance sourit à Thésée. 8. En effet Ariane, la fille de Minos, amoureuse d’un si beau et si courageux jeune homme et qui craint pour sa vie, donne à Thésée un long fil léger. 9. Le jeune homme déroule le fil à travers le labyrinthe et il tue le Minotaure lors d’un combat violent et difficile. 10. Ensuite, grâce au fil d’Ariane qu’il suit, il peut sortir du labyrinthe et quitte la Crète en compagnie d’Ariane. (traduction proposée par A. D.)

MINOTAURE2.jpg


 
1.     Le mythe du Minotaure et la réalité archéologique.

Il est fort probable que le mythe évoque symboliquement plusieurs aspects d’une même réalité historique :

·         la suprématie de la Crète. Athènes, contrainte d’envoyer un tribut de 7 jeunes garçons et filles destinés à être dévorés par le Minotaure : la légende traduit une réalité historique, celle de la thalassocratie crétoise qui s’exerce sans partage de 2600 av. JC environ jusque vers 1500 sur le monde égéen. 
 
     CIVILISATIONS_PREHELL02.jpg CIVILISATIONS_PREHELL07.jpg

 
·         Le palais de Cnossos : la légende du labyrinthe est très certainement née dans l’imaginaire populaire de la réalité de Cnossos, ce palais aux 1200 pièces, demeure du roi Minos. Un palais mis au jour par l’archéologue anglais Evans à partir de 1900.

CIVILISATIONS_PREHELL08.jpg CIVILISATIONS_PREHELL09.jpg

CIVILISATIONS_PREHELL10.jpg CIVILISATIONS_PREHELL11.jpg
 

                              ·         La fin de la civilisation crétoise : la victoire de Thésée sur le Minotaure est celle des Grecs du continent, celle des Achéens qui se lancent, à leur tour, à la conquête de ce monde égéen.
      
CIVILISATIONS_PREHELL21.jpg  CIVILISATIONS_PREHELL22.jpg 




2.     Le mythe du Minotaure au XX° : Picasso
 

« Si on marquait sur une carte tous les itinéraires par où j’ai passé et si on les reliait par un trait, cela ferait peut-être un minotaure. » Pablo PICASSO.

            Jeune, Picasso assistait aux courses de taureaux en compagnie de son père à Malaga en Espagne. Installé par la suite dans le sud de la France, Picasso alla souvent en Arles voir toréer Luis Miguel Dominguin. Picasso a vu les chevaux éventrés dans les arènes puisque le caparaçon n’a été utilisé qu’à partir de 1928. Picasso conservera un souvenir très vif de ces expériences : « Odeur, puanteur et horreur des tripes crevées … un peuple qui cherche de ses mains la vérité qui s’échappe des entrailles et du cœur du taureau ».

           Tout comme le taureau dans l’arène, le Minotaure est un monstre enfermé au centre d’un labyrinthe. A partir des années 20, le minotaure devient peu à peu une figure récurrente dans l'oeuvre de Picasso. Représentation de l'artiste, associée à l'idée de violence envers les femmes, le minotaure témoigne du conflit intérieur d’un artiste tiraillé entre ses angoisses existentielles et son ardeur créative.


 

MINOTAURE01_caressant_une_dormeuse_1933.jpg 

Minotaure Caressant Une Dormeuse (1933)
 



MINOTAURE02_AVEUGLE2.jpg
Le Minotaure aveugle guidé par une fillette dans la nuit. (1934)

Aquatinte, 24,7 x 34,7 cm
 

A partir de 1934, Picasso va créer une nouvelle interprétation du mythe antique du Minotaure. Le Minotaure se trouve à nouveau dans une position de faiblesse. Aveugle, le Minotaure s'appuie sur sa canne avec sa main gauche. De la main droite, il cherche la tête de la petite fille qui le conduit visiblement vers un endroit abrité. Rappel du mythe d’Œdipe.

 

 MINOTAURE03_OMACHIE1.jpg

La Minotauromachie Picasso (1935)

Selon Wihelm Boeck (Wihelm Boeck, Picasso, Stuttgart, 1955), Picasso dépeint dans la Minotauromachie la défaite des forces fragiles (représentées par les symboles féminins), sous l'assaut de la violence massive et brutale (représentée par le monstre mâle à tête de taureau). On pourrait aussi voir, dans le rassemblement de représentants de l'Homme, de la Femme et de l'Enfant, la symbolisation de l'humanité toute entière menacée par une force surhumaine qui serait incarnée par le Minotaure.

MINOTAURE04_Picasso_Dora_et_le_minotaure.jpg

Dora et le Minotaure, 1936


MINOTAURE05.jpg

Le Minotaure et jument morte devant une grotte (1936)
(Gouache et encre de Chine - 50x65 cm Musée Picasso, Paris)

 Étant donnée la ressemblance de la jeune femme avec la femme du peintre, Marie-Thérèse, on est forcé de voir, dans ce tableau, une nouvelle identification de l'artiste avec le Minotaure. Peut-être a-t-il voulu y transposer ses états d'âme du moment, son sentiment d'incompréhension : les mains le rejettent de la grotte et la jeune femme l'observe, mais à travers un voile... 

  

MINOTAURE06GUERNICA1.jpg

Dans «Guernica », tableau commandé par les républicains espagnols pour l’exposition universelle de 1937 et figure de l’Espagne, on retrouve le Minotaure et le cheval.

  « Le taureau n’est pas le fascisme, mais il incarne la brutalité et les ténèbres… le cheval représente le peuple… Guernica est symbolique… allégorique. » Le tableau est certes une peinture d’histoire mais « les cris d’enfants, cris de femmes, cris d’oiseaux, cris de fleurs, cris de charpentes et de pierre » traduisent l’intemporalité de l’œuvre, sorte d’archétype de la souffrance ; la présence d’un taureau rappelant les Minotaures antérieurs peut même évoquer le combat de l’artiste qui situe son œuvre à la croisée « entre [sa] vie intérieure et le monde extérieur »…

                              MINOTAURE07RHINO1.jpg                        MINOTAURE08RHINO2.jpg

Un peu plus de 20 ans après le taureau de Guernica, ce sont des rhinocéros qu'Eugène Ionesco choisit de mettre en scène, métaphore de la montée en puissance du totalitarisme en Europe à la veille de la 2° guerre mondiale…


3.     Le mythe du Minotaure au XX° : les Surréalistes...


MINOTAURE09_LABYRINTHE.jpg
Importance symbolique des viscères : elles symbolisent à la fois le labyrinthe de Dédale et le fil d’Ariane : le minotaure est donc lui-même de l’intérieur un labyrinthe. Figure sacrée, sauvage et archaïque, le minotaure réunit les contraires : la bête et l’homme, le masculin et le féminin, l’animalité et la conscience, Dionysos et Apollon…

MINOTAURE10_BATAILLE.jpg
Minotaure est une revue d'inspiration surréaliste qui fut éditée de 1933 à 1939 à Paris. Picasso s'est servi d'un nouveau dessin de Minotaure (le Minotaure assis avec un poignard) pour un collage dont la reproduction a orné la couverture du premier numéro de la revue. Brassaï (Gyula Haslasz Brassaï, Conversations avec Picasso, Paris, Gallimard, 1964) raconte les circonstances de la création de ce collage dans ces termes : "Il fit un montage d'un rare bonheur. Sur une planche, il attacha par des punaises un carton gaufré ... Il posa dessus un de ces burins représentant le monstre, autour  duquel il agença des rubans, des dentelles en papier d'argent et aussi des feuilles artificielles à un peu défraîchies, provenant d'un chapeau démodé et délaissé d'Olga. Lors de la reproduction de ce montage, il insista beaucoup pour que les punaises y figurent aussi..."
         
         La figure du minotaure, en tant qu'être hybride, entre l'homme et la bête, représentait en effet ce conflit interne entre conscience et animalité, mesure et monstruosité, entre élan dionysiaque qui commande à la création artistique, et mesure apollinienne (incarnée aussi par Thésée sortant avec le fil d’Ariane)...

MINOTAURE11_BRETON.jpg
André BRETON
      
            Mais les Surréalistes considérèrent essentiellement
le minotaure comme l’expression même de la force irrationnelle : ils signifiaient ainsi leur volonté de revenir à une création archaïque et pulsionnelle pour se dégager de la raison. C'est ainsi qu'André Breton définit le Surréalisme comme un « automatisme psychique pur… Dictée de la pensée en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale » (Manifeste du Surréalisme, 1924). 
En cette même année, le poète G. Bataille avait en effet pris le mythe comme emblème pour qualifier la recherche surréaliste : « je dois être Thésée, mais Thésée enfermé pour toujours dans son labyrinthe de cristal ». Le thème du minotaure, c'était la naissance de l’homme à partir de l’animalité.
 


Conclusion.
La figure mythique du Minotaure, liée à celle du taureau dans l’arène, est ainsi réapparue avec force, dans les années 30, dans l’œuvre de Picasso : le Minotaure y exprime métaphoriquement la violence à l’égard des femmes, certes, mais plus encore le conflit intérieur entre les angoisses existentielles de l’artiste et son ardeur créative. Le taureau de Guernica exprime ainsi « la brutalité et les ténèbres » mais peut aussi donner au tableau une résonance plus personnelle…
Cependant la figure du Minotaure est également réapparue, dans les mêmes années 30, chez les poètes surréalistes comme symbole d’une création archaïque, pulsionnelle et dionysiaque, en dehors de « tout contrôle exercé par la raison ». Le poète surréaliste rêve alors de devenir un « Thésée sans fil » à la recherche de son Minotaure qui fera naître l’homme à partir de l’animalité.
 
Voici, pour illustrer le Surréalisme, deux poèmes fondateurs, le premier d’Apollinaire, le second d’Eluard qui illustre bien cette volonté toute « cubiste » de « déconstruire » le réel.

ZÔNE
 
A la fin tu es las de ce monde ancien

Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin

Tu en as assez de vivre dans l'antiquité grecque et romaine

Ici même les automobiles ont l'air d'être anciennes
La religion seule est restée toute neuve la religion
Est restée simple comme les hangars de Port-Aviation

Seul en Europe tu n'es pas antique ô Christianisme
L'Européen le plus moderne c'est vous Pape Pie X
Et toi que les fenêtres observent la honte te retient
D'entrer dans une église et de t'y confesser ce matin
Tu lis les prospectus les catalogues les affiches qui chantent tout haut
Voilà la poésie ce matin et pour la prose il y a les journaux
Il y a les livraisons à 25 centimes pleines d'aventure policières
Portraits des grands hommes et mille titres divers

J'ai vu ce matin une jolie rue dont j'ai oublié le nom
Neuve et propre du soleil elle était le clairon
Les directeurs les ouvriers et les belles sténo-dactylographes
Du lundi matin au samedi soir quatre fois par jour y passent
Le matin par trois fois la sirène y gémit
Une cloche rageuse y aboie vers midi
Les inscriptions des enseignes et des murailles
Les plaques les avis à la façon des perroquets criaillent
J'aime la grâce de cette rue industrielle
Située à Paris entre la rue Aumont-Thieville et l'avenue des Ternes
[...]
Extrait de Zone - Apollinaire, Alcools (1912)

MINOTAURE12_APOLLINAIRE.jpg                      MINOTAURE13_ELUARD.jpg
Guillaume APOLLINAIRE et Paul ELUARD

La terre est bleue comme une orange...
La terre est bleue comme une orange
Jamais une erreur les mots ne mentent pas
Ils ne vous donnent plus à chanter
Au tour des baisers de s’entendre
Les fous et les amours
Elle sa bouche d’alliance
Tous les secrets tous les sourires
Et quels vêtements d’indulgence
À la croire toute nue.
Les guêpes fleurissent vert
L’aube se passe autour du cou
Un collier de fenêtres
Des ailes couvrent les feuilles
Tu as toutes les joies solaires
Tout le soleil sur la terre
Sur les chemins de ta beauté.

Paul ELUARD, L'Amour la poésie (1929)







 
 

Date de création : 20/02/2011 @ 22:25
Dernière modification : 14/05/2012 @ 02:19
Catégorie : 7. Langues cultures de l'ANTIQUITE
Page lue 63109 fois


Imprimer l'article Imprimer l'article


^ Haut ^