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41 ROMAN 2 : Le Vieux qui lisait des romans d'amour, Luis SEPULVEDA - SEPULVEDA 5 : un éloge de la lecture


Le vieux qui lisait…

UN ELOGE DE LA LECTURE.

étude de l'argumentation

SEPULVEDA1_COUVERTURE.jpg
 
Introduction.
 
Roman mondialement connu pour sa défense de l’Amazonie maistitre surprenant, sans rapport apparent avec la 1° de couverture ni même avec le thème principal du livre.
Pourtant thème de la lecture récurrent dans le roman : débute en contrepoint du thème principal, mais devient progressivement, à mesure qu’on découvre la stupidité cruelle de l'homme, un axe majeur du roman : à la fois réquisitoire contre la barbarie humaine et éloge de la lecture.
1 éloge surprenant mais habile de la lecture : entre désir et plaisir, la lecture s’impose finalement comme une nécessité vitale qui nous permet de devenir ce que nous devrions rester : des êtres humains…
 

Développement.
 
1. un éloge paradoxal

    1. un thème en contrepoint
  • annoncé par un titre ambigu, énigmatique voire provocateur mais pas le thème principal du roman (cf. dédicaces aux défenseurs de l’Amazonie).
 
    1. l’avocat !
·         un vieux : âge incertain (70 ans ?), pas instruit
·         un sauvage, solitaire, en conflit avec la seule personne qui a de l’instruction : le maire !
 
    1. l’objet du « désir » !
·         des romans choisis pour AJB par Joséfina, une prostituée, « dame de compagnie » du dentiste, le colporteur des fameux romans à destination de AJB
·         des « romans d’amour », bien tristes, « amour qui fait souffrir » (VIII, 100), « à l’eau de rose » : le 1° roman d’amour lu / AJB : Cœur de Edmondo de Amicis ! L’institutrice « ne partageait pas tout à fait ses goûts de lecteur » (IV, 62) !
 
 
 
2. un éloge habile   

    1. des « piqûres » de rappel régulières (vaccin)
·         thème présent / ch. 2, 3, 4, 5, 6 et 8 : continuité du thème
·         une succession de scènes rapidement esquissées (2/3 pages), des instantanés qui jalonnent le roman comme la vie de AJB
·         chaque passage aborde ce thème sous un angle particulier, plusieurs thématiques différentes : la dégustation des mots (III, 35-36), la magie des mots comme « baiser ardent », « gondole » (VI, 73-77), la différence entre lecture et instruction, petite comédie en 2 actes, (VIII, 100-103), etc.
 

    1. un avocat finalement sympathique
·         un « vieux » qui a souffert, notamment de la compagnie des hommes
·         un « vieux » qui ridiculise le maire, un personnage grotesque et antipathique
 

    1. l’art de l’écriture
·         lecture toujours évoquée dans sa réalité matérielle : l’objet « livre », les syllabes épelées  les unes après les autres, déchiffrées à la loupe (2° instrument le plus important pour AJB après son dentier) : la loupe permet de « déguster » les mots comme le dentier les crabes du Nangaritza ! Le sens des mots = objet de discussions passionnées (2 heures pour expliquer le début de son roman / cabane Miranda, ch. VIII)
·         métaphores en liaison avec monde animal : pour apaiser la « morsure de l’envie » (IV, 57), le « venin de la vieillesse », « la bête nommée solitude » (IV, 58) et la souffrance amoureuse qui blesse comme la « piqûre d’un taon » (IV, 58), lecture = « antidote »…
 
 
 
3. la lecture entre désir et plaisir

    1. un désir
·         savoir lire : « la découverte la plus importante de sa vie » (IV, 55), lorsque dentiste apporte 2 romans à AJB, « les yeux du vieux s’allumèrent » (II, 30), « ce livre entre les mains du curé fascina AJB » (IV, 56), sensible au « cartonnage noir » de l’obscur objet du désir !
·         une « soif » (IV, 56), « désir de lecture + fort qu’avant » (IV, 58), « il lui fallait de la lecture » (IV, 59), « assiégé par la bête nommée solitude » (IV, 58)
·         « le livre lui collait aux mains et aux yeux » (IV, 63), comme la pluie colle aux vêtements
·         les difficultés matérielles décuplent l’envie (manque d’instruction, acuité visuelle défaillante, contraintes matérielles) : le vieux a emmené son roman pendant l’expédition et lit, en pleine nuit, pendant son premier tour de garde, au fin fond de la jungle !
 

    1. un plaisir
·         « il les dégustait » (III, 35), épelant les syllabes une à une, maîtrisant les mots les uns après les autres, « il s’appropriait les sentiments et les idées », comme s’il les « ruminait » ; la lecture imprègne l’homme, il lit « 100 fois » le roman (IV, 63), il connaît le début du livre par cœur à force de le relire.
·         AJB découvre ainsi « combien le langage humain pouvait être aussi beau » (III, 36), « plaisir indicible » (IV, 62), loupe « trempée de larmes » (IV, 63), comble AJB de « bonheurs », au pluriel : des sensations, des moments de bonheur, pas un Bonheur abstrait…
 
 
 
4. la  nécessité vitale de la lecture

    1. une ouverture sur l’imaginaire
·         La difficulté du déchiffrement des mots et des phrases impose une « rumination » patiente de la réalité évoquée par les mots, la lecture = ouverture vers l’imaginaire Ex. : imaginer ce qu’est une « gondole », « Venise », un « baiser ardent », la « neige »…
·         Donc 2 conditions : le roman doit contenir des mots qui « donne[nt] envie de l[es] imaginer » (IV, 56) et une histoire proche du lecteur, qui le touche ex. : biographie de St-François intéressante car « ça parle surtout d’animaux ». (contre-exemple : les journaux prêtés / maire, sans « stimulants », comme le maire lui-même est un contre-exemple d’humanité, l’instruction par rapport à la lecture !).
 

    1. un « antidote » contre la barbarie humaine.
·         scène nocturne / cabane Miranda : lecture rassemble colons autour de la lueur d’une flamme et de la magie de qqs mots : des brutes, chasseurs, colons, gringos envoûtés / des mots : scène surréaliste ! alors que, dans le même temps, le maire, plus « civilisé » et instruit, se comporte en « animal autoritaire » (VIII, 104) qui « beugl[e] » : « on voit que vous avez de l’instruction, Excellence » lui lance ironiquement AJB… maire toujours contre-exemple.
·         lecture = refuge, AJB s’isole dans cabane, loin des colons et du maire. Après découverte du corps de Salinas dans sa pirogue, AJB retourne aussitôt dans sa cabane pour lire (VI, 73). Lecture / solitude de la jungle, une fois seul à la poursuite du jaguar.
·         Sans doute l’habitude de chercher à comprendre sentiments des personnages lui permet-elle une véritable « empathie » avec le jaguar dont il devine les pensées et les sentiments : les « sanglots », l’intelligence et, lors du combat final, la folie (VIII, 116-8). Barbarie = du côté des colons !
 

un « antidote » contre le temps qui passe.

·        Le « passé désordonné » (IV, 63) de AJB : Dolorès sans enfant puis emportée par malaria ; en +  « il n’y avait pas eu beaucoup de baisers, parce que sa femme répondait par des éclats de rire, ou alors elle disait que ça devait être un péché » (VI, 74) ; et une fois chez les Shuars, « le baiser n’existe pas » (VI, 74) ; 
A ce « passé désordonné », AJB « préférait ne plus penser » (IV, 63)… ou plutôt il préférait lire... pour reconstruire ce passé, d’où sa passion (et son incompréhension !) pour le « baiser ardent » de Paul, dans la « gondole » (VI, 73)…
·         un « antidote » contre les « morsures » d’un « passé désordonné » : lecture reconstruit passé, et en cicatrisant « les profondeurs de sa mémoire » (IV, 63), lui offre ce qu’il désire le + : « maîtriser le fil de ses souvenirs » (VI, 77)
·         En cela, la lecture est, aussi, un antidote « contre le redoutable venin de la vieillesse » (IV, 56). Lecture permet grâce à la reconstruction de son passé d’apaiser certains tourments de la vieillesse…
 
 
 
conclusion.
 
2 petits tableaux dont la portée symbolique est plus forte que tout discours :

·         1/ Pour aller à El Dorado déterminer l’obscur objet de ses désirs de lecteur, AJB monnaie son trajet sur le Sucre en offrant au capitaine deux petits perroquets shapul « très appréciés pour leurs dons de parleurs » et qui « meurent de tristesse quand on les sépare » (IV, 61) : belle préfiguration des romans d’amour ! mais les perroquets finissent en cage quand le roman, lui, permet de s’évader... ce qu’évoque la scène suivante, récurrente dans le roman…

·         2/ Dans sa cabane, AJB lit, « devant sa fenêtre » (IV, 63) : les romans lui ouvrent les portes de l’imaginaire ; il lit « debout devant la table haute » (VI, 84) parce que la lecture l’imprègne d’humanité ; et « face au fleuve » (VI, 84), métaphore du temps qui s’écoule et qui emporte les souvenirs, AJB découvre, à « lire lentement » ses romans, des « tourments d’amour + éternels que le temps » (IV, 63)…

·         Cependant, même si la lecture permet d’accéder à la beauté de l’imaginaire et à une humanité éternelle, la nature reste l’expression inégalable de la perfection : après avoir tué le jaguar, AJB découvre en elle « un chef-d’œuvre de grâce impossible à reproduire, même en imagination » (VIII, 120)… Le roman de Sépulvéda reste, avant tout, une défense de l’Amazonie et de la Nature.

·         Le vieux lisait-il des romans d’amour ? A nous, lecteurs occidentaux et « instruits », nous qui sommes toujours en puissance des « colons » et des « gringos », à nous d’imiter le vieux en portant ce même regard, à la fois naïf et amoureux, sur la forêt amazonienne et en montrant la même passion « ardente » à déchiffrer (et non défricher !) la beauté de la Nature… C’est à cette condition seulement que nous préserverons à la fois notre monde et notre dignité d’homme.



AUTRES SUJETS POSSIBLES...


Montrez que la lecture, pour AJB, est un plaisir quasiment physique et sensuel.
 
Intro.
Paradoxe d’un colon, chasseur, perdu aux confins de l’Amazonie, qui se met à lire la nuit, pendant la chasse à l’ocelot ! lecture = un plaisir irremplaçable. Remonter à l’origine de cette passion pour la comprendre.
 
  1. la découverte de « l’objet livre ».
    1. une découverte due au hasard.
·        un moment clé : les élections présidentielles !
·        savoir lire : « la découverte la plus importante de sa vie » (IV, 55)
 
    1. un désir.
·        « ce livre entre les mains du curé fascina AJB » (IV, 56), sensible au « cartonnage noir » de l’obscur objet du désir !
·        une « soif » (IV, 56), « désir de lecture + fort qu’avant » (IV, 58), « il lui fallait de la lecture » (IV, 59), « assiégé par la bête nommée solitude » (IV, 58)
·        « le livre lui collait aux mains et aux yeux » (IV, 63), comme la pluie colle aux vêtements
·        les difficultés matérielles décuplent l’envie (manque d’instruction, acuité visuelle défaillante, contraintes matérielles) : le vieux a emmené son roman pendant l’expédition et lit, en pleine nuit, pendant son premier tour de garde, au fin fond de la jungle !
·        lorsque dentiste apporte 2 romans à AJB, « les yeux du vieux s’allumèrent » (II, 30),
 
  1. Un plaisir physique.
    1. un plaisir.
·        « il les dégustait » (III, 35), épelant les syllabes une à une, maîtrisant les mots les uns après les autres, « il s’appropriait les sentiments et les idées », comme s’il les « ruminait » ; la lecture imprègne l’homme, il lit « 100 fois » le roman (IV, 63), il connaît le début du livre par cœur à force de le relire.
 
    1. un émerveillement source d’émotions et de « bonheurs ».
·        AJB découvre ainsi « combien le langage humain pouvait être aussi beau » (III, 36), « plaisir indicible » (IV, 62), loupe « trempée de larmes » (IV, 63), comble AJB de « bonheurs », au pluriel : des sensations, des moments de bonheur, pas un Bonheur abstrait…
 
Concl.
Un éloge très particulier de la lecture. Sépulvéda met paradoxalement en scène un lecteur inexpérimenté, un personnage naïf mais passionné, pour faire de son roman un plaidoyer touchant et efficace pour la lecture.
 
 
 
 
Montrez en quoi le roman de Sépulvéda nous fait comprendre la nécessité vitale de la lecture.
 
  1. Une ouverture sur l’imaginaire.
·        La difficulté du déchiffrement des mots et des phrases impose une « rumination » patiente de la réalité évoquée par les mots ; la lecture = ouverture vers l’imaginaire Ex. : imaginer ce qu’est une « gondole », « Venise », un « baiser ardent », la « neige »…
·        Donc conditions : le roman doit contenir des mots qui « donne[nt] envie de l[es] imaginer » (IV, 56) et une histoire proche du lecteur, qui le touche (contre-exemple : les journaux prêtés / maire, sans « stimulants », comme le maire lui-même est un contre-exemple d’humanité, l’instruction par rapport à la lecture !). ex. : biographie de St-François intéressante car « ça parle surtout d’animaux »
 
  1. Un « antidote » contre la barbarie humaine.
·        scène nocturne / cabane Miranda : lecture rassemble colons autour de la lueur d’une flamme et de la magie de qqs mots : des brutes, chasseurs, colons, gringos envoûtés / des mots ! scène surréaliste ! La lecture « vraie » apporte un peu d’humanité à ces « sauvages ». Dans le même temps, le maire, plus « civilisé » et instruit se comporte en « animal autoritaire » (VIII, 104) qui « beugl[e] » : « on voit que vous avez de l’instruction, Excellence » lui lance ironiquement AJB… L’instruction ne rend pas plus civilisé, c’est le contact des livres…
·        / AJB, lecture = refuge, s’isole dans cabane, loin des colons et du maire. Après découverte du corps de Salinas dans sa pirogue, AJB retourne aussitôt dans sa cabane pour lire (VI, 73). Lit / solitude de la jungle, une fois seul à la poursuite du jaguar.
·        Sans doute l’habitude de chercher à comprendre sentiments des personnages lui permet-elle une véritable « empathie » avec le jaguar dont il devine les pensées et les sentiments : les « sanglots », l’intelligence et, lors du combat final, la folie (VIII, 116-8). Barbarie = du côté des colons !
 
  1. Un « antidote » contre le temps qui passe.
·        le « passé désordonné » (IV, 63) de AJB : Dolorès sans enfant puis emportée par malaria ; en +  « il n’y avait pas eu beaucoup de baisers, parce que sa femme répondait par des éclats de rire, ou alors elle disait que ça devait être un péché » (VI, 74) ; et une fois chez les Shuars, « le baiser n’existe pas » (VI, 74) 
·        à ce « passé désordonné » AJB « préférait ne plus penser » (IV, 63)… ou plutôt il préférait lire pour reconstruire ce passé, d’où, par ex., la passion (et l’incompréhension !) de AJB pour le « baiser ardent » de Paul, dans la « gondole » (VI, 73)…
·        un « antidote » contre les « morsures » d’un « passé désordonné » : lecture reconstruit passé, et en cicatrisant « les profondeurs de sa mémoire » (IV, 63), lui offre ce qu’il désire le + : « maîtriser le fil de ses souvenirs » (VI, 77)
·        en cela, lecture est, aussi, un antidote « contre le redoutable venin de la vieillesse » (IV, 56). Lecture permet grâce à la reconstruction de son passé d’apaiser certains tourments de la vieillesse…
 
 
Deux autres éloges de la lecture,
à "déguster" avec soin.

et en face coule un fleuve...

le Nangaritza, en imagination...


 

La lecture est un aliment complet

 

La lecture est un plaisir, une nécessité, une hygiène. Toutes les lectures ne se valent pas, mais n'importe laquelle vaut mieux que pas de lecture du tout. Lire un journal, c'est mieux que se laisser imbiber passivement par le ronronnement audiovisuel ; lire un mauvais livre, c'est mieux que pas de livre du tout ; pourquoi ? Parce que la lecture appelle la lecture, et que la « mauvaise » finira toujours par entraîner la bonne. En musique, on commence par « les Yeux noirs1 » et « le Beau Danube bleu2 » et l'on arrive à Mozart où à Berg. La lecture est une pente qui nous entraîne en montant. Il n'existe aucune diététique3 de l'ap­pétit des livres, mais l'expérience prouve que l'on passe peu à peu du bourratif au succulent - jamais le contraire. D'ailleurs, la lecture est un aliment complet. La lecture nous rend la familiarité et l'usage d'une langue en passe d'être perdue. À la langue de bois de la politique, qui nous abrutit, et à la langue de poix de la télé, qui nous colle aux oreilles, elle substitue le vrai sens des mots. Si le commen­tateur de Roland Garros avait assez lu, il ne dirait pas (je l'ai entendu !) que « la réplique de Leconte a été immi­nente », ni qu'il avait « démarré le match en rentrant dans la balle »... La lecture vivifie l'imagination. Mille films m'ont montré New York ou Los Angeles, mais le seul vrai château d'Yvonne de Galais4 n'a jamais existé que dans mes songes d'adolescent. La lecture nous restitue la liberté de choix. Non pas entre cinq ou six chaînes, dix ou douze radios, mais entre cent mille livres. Une bibliothèque dont on « flaire » les livres avant d'en choisir un, c'est le « zap­ping » absolu. La lecture éveille nos facultés d'attention. Elle nous oblige à suivre un texte comme la conduite d'une automobile nous oblige à suivre une route. Elle sollicite notre volonté, notre mémoire, notre intelligence, et elle nous interdit de n'être qu'un buvard à paroles, une éponge à images. La lecture nous fait retrouver et apprécier la solitude oubliée. Non pas seulement le tête-à-tête mystérieux du lecteur avec les personnages d'un roman, ni le silence et le retirement que suppose la lecture, mais le sentiment gri­sant d'être seul, en un certain instant, à lire ces mots-là et à les lire ainsi. « Vous étiez douze millions hier soir à suivre les aventures de Gary Cooper » (ou « le match France- Irlande ») cela m'excite moins que de penser : « Peut-être, en cette minute précise, ne sommes-nous que dix ou douze au monde à relire L'île au trésor ou Notre-Dame de Paris... » [...] Lire, comme heureusement on voit encore lire dans le métro, dans les trains, c'est disputer le terrain à l'ennui, à la passivité, au silence, et même à la mort, puisqu'on dit bien « une langue morte ».

François Nourissier © Madame Figaro, 1992.



1  Air très connu de musique tzigane.

2  Très célèbre valse du compositeur viennois Strauss.

3  Ensemble de règles à suivre pour une alimentation équilibrée.

4  Héroïne du Grand Meaulnes, le roman d'Alain Fournier.








Au début on ne lit pas. Au lever de la vie, à l'aurore des yeux. On avale la vie par la bouche, par les mains, mais on ne tache pas encore ses yeux avec de l'encre. Aux principes de la vie, aux sources premières, aux ruisselets de l'enfance, on ne lit pas, on n'a pas l'idée de lire, de claquer derrière soi la page d'un livre, la porte d'une phrase. Non c'est plus simple au début. Plus fou peut-être. On n'est séparé de rien, par rien. On est dans un continent sans vraies limites - et ce continent c'est vous, soi-même. Au début il y a les terres immenses du jeu, les grandes prairies de l'invention, les fleuves des premiers pas, et partout alentour l'océan de la mère, les vagues battantes de la voix maternelle. Tout cela c'est vous, sans rupture, sans déchirure. Un espace infini, aisément mesurable. Pas de livre là-dedans. Pas de place pour une lecture, pour le deuil émerveillé de lire. D'ailleurs les enfants ne supportent pas de voir la mère en train de lire. Ils lui arrachent le livre des mains, réclament une présence entière, et non pas cette présence incertaine, corrompue par le songe. La lecture entre bien plus tard dans l'enfance. Il faut d'abord apprendre, et c'est comme une souffrance, les premiers temps de l'exil. On apprend sa solitude lettre après lettre, le doigt sur le cœur, soulignant chaque voyelle du sang rouge. Les parents sont contents de vous voir lire, apprendre, souffrir. Ils ont toujours secrète­ment peur que leur enfant ne soit pas comme les autres, qu'il n'arrive pas à avaler l'alphabet, à le déglutir dans des phrases bien assises, bien droites, bien mâchées. C'est un mystère, la lecture. Comment on y parvient, on ne sait pas. Les méthodes sont ce qu'elles sont, sans importance. Un jour on reconnaît le mot sur la page, on le dit à voix haute, et c'est un bout de dieu qui s'en va, une première fracture du paradis. On continue avec le mot suivant et l'univers qui faisait un tout ne fait plus rien que des phrases, des terres perdues dans le blanc de la page. On est à l'école, on fait son métier d'enfant. Il y a, c'est vrai, un grand bonheur de cette perte-là, de cette trouvaille première de la lecture, de sa capacité à déchiffrer une phrase, à contempler les ombres. C'est même plus fort que du bonheur, il faudrait peut-être juste parler de joie. De joie et de frayeur. La joie va toujours avec la frayeur, les livres vont toujours avec le deuil. Après cette première fin du monde, autre chose commence. Pour beaucoup, l'ennui. Avec la lecture, tu achètes quelque chose qui pour toi n'a pas de valeur - seu­lement un prix : une place sur le banc de la classe, un rôle dans les bureaux ou les usines. Alors, tu laisses tomber. Tu lis juste ce qu'il faut, par obligation. Plus de joie là-dedans, pas non plus de plaisir : rien que de l'obéissance, ce qu'il faut d'obéissance pour aller jusqu'à la fin des études, aux portes du désert. Après, tu ne lis rien, même pas le journal, tu fais partie de ces gens qui n'ont pas un seul livre dans leur maison - ces gens-là, un vrai mystère pour les écri­vains, ces maisons sous les sables, ces vies où rien ne peut entrer, ni le diable, ni les livres. [...] Parfois aussi il se passe quelque chose, pour quelques-uns, moins nombreux, bien moins nombreux. Ceux-là sont les lecteurs. Ils commen­cent leur carrière à l'âge où les autres abandonnent la leur : vers huit, neuf ans. Ils se lancent dans la lecture et bientôt n'en finissent plus, découvrent avec joie que c'est sans fin. Avec joie et frayeur. Ils s'en tiennent au début, à la première expérience. Elle est indépassable. Ils liront jusqu'au soir de leur vie en s'en tenant toujours là, au bord de la première découverte, celle de la solitude, solitude des langues, solitude des âmes. Avec ravissement ils quittent le monde pour aller vers cette solitude. Et plus ils avancent, et plus elle se creuse. Et plus ils lisent, et moins ils savent. Ces gens-là sont ceux qui font vivre les écrivains, les libraires, les éditeurs, les imprimeurs. Les grands livres, les mauvais livres, les journaux, tout est bon à qui aime lire, tout est nourriture à l'affamé. D'un côté ceux qui ne lisent jamais. De l'autre ceux qui ne font plus que lire. Il y a bien des frontières entre les gens. L'argent, par exemple. Cette frontière-là, entre les lecteurs et les autres, est plus fermée encore que celle de l'argent. Celui qui est sans argent manque de tout. Celui qui est sans lecture manque du manque. [...]
 
 
Christian Bobin, Une petite robe de fête, Folio Gallimard



 








 

Date de création : 13/01/2011 @ 01:43
Dernière modification : 22/02/2012 @ 00:55
Catégorie : 41 ROMAN 2 : Le Vieux qui lisait des romans d'amour, Luis SEPULVEDA
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