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41 ROMAN 1 : Si c'est un homme, Primo LEVI - LEVI 8 : la "salvazione"...



La « salvazione »
 

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Dans cet enfer inhumain, il y a moyen, cependant, de survivre et le roman de PL présente différentes manières d’atteindre le salut, désigné ironiquement par le terme théologique « salvazione » plutôt que par le terme commun « salvezza »…
 
Si la survie biologique pouvait être assurée par des expédients matériels, la survie psychologique et morale, quant à elle, était liée au maintien de relations humaines et surtout, pour PL, à l’écriture…
 
  1. la survie matérielle.
 
    • L’hygiène
Le discours de Steinlauf rappelle à PL (ch. 3) l’importance de préserver une image acceptable de soi : « c’est justement parce que le Lager est une monstrueuse machine à fabriquer des bêtes, que nous ne devons pas devenir des bêtes ; puisque même ici il est possible de survivre, nous devons vouloir survivre, pour raconter, pour témoigner ; et pour vivre, il est important de sauver au moins l’ossature, la charpente, la forme de civilisation. Nous sommes des esclaves (…) mais il nous reste encore une ressource (…) : refuser notre consentement. Aussi est-ce un devoir envers nous-mêmes que de nous laver » (p. 57). PL n’est cependant pas tout à fait convaincu par Steinlauf : « est-il nécessaire d’élaborer un système et de l’appliquer ? N’est-il pas plus salutaire de prendre conscience qu’on n’a pas de système ? » (p. 58)
 
    • Le vol, la débrouillardise…
Autre moyen de survivre, les « combines », souvent pas « morales » du tout, mais, après tout, la « morale » existait-elle encore ? On comprend alors la connotation ironique du mot « salvazione » : le salut divin passe, en quelque sorte, par une damnation éternelle ! « L’Organisator », celui qui « se débrouille » ne doit avoir aucune considération pour les autres : « tout est automatiquement volé au moindre instant d’inattention » (ch. 2, p. 45), il faut donc s’adapter au système ! « J’ai déjà appris à me prémunir contre le vol, et, si je tombe sur une cuillère, une ficelle, un bouton que je puisse m’approprier sans être puni, je l’empoche et le considère à moi de plein droit » (ch. 2, p. 51)…
 
    • La chance
La chance est indispensable pour survivre. Sans doute victime d’une erreur de sélection, René, pourtant « si jeune et si robuste », est passé à gauche… à la suite d’une confusion de fiche avec celle de PL ? « L’hypothèse est vraisemblable : je ne sais ce que j’en penserai demain et plus tard ; aujourd’hui, cela n’éveille en moi aucune émotion particulière » (ch. 13) ; autres « chances » pour PL : son accident et son recrutement au Labo de chimie… « La réputation de chance (…) représente un atout de première importance pour qui sait s’en prévaloir » (ch. 12)
 
    • La Prominenz
Présentés comme la clé de voûte du système, les Prominenten jouent les intermédiaires entre le pouvoir absolu des SS et l’insignifiance absolue des Häftlinge de base ; surtout les Prominents juifs, moins nombreux mais plus monstrueux : « il se trouvera toujours qqn pour accepter », « qu’on lui confie le commandement d’une poignée de malheureux, avec droit de vie et de mort sur eux, et aussitôt il se montrera cruel et tyrannique, parce qu’il comprendra que s’il ne l’était pas assez, on n’aurait pas de mal à trouver qqn pour le remplacer »… La « salvazione » au prix d’une trahison. PL analyse alors la monstruosité des Prominents juifs, ces « monstres asociaux et dénués de toute sensibilité : ils sont le produit d’une longue histoire de persécutions au cours de laquelle ils ont appris « l’hostilité envers l’étranger »…
 
    • Deux exemples.
         PL évoque deux exemples paradigmatiques d’Organisator. D’abord HENRI, un être froid, solitaire et calculateur, « enfermé dans sa cuirasse, ennemi de tous ». Il survit grâce à ces trois « méthodes » : « l’organisation, la pitié et le vol » (ch. 9, p. 152). Mais il y a surtout Elias, avec son aspect bestial, sa force peu commune, son étonnante aptitude au travail, ses pitreries et ses colères, bref une énigme « un être incompréhensible et extrahumain » (ch. 9, p. 150). En résumé « Elias a survécu à la destruction du dehors parce qu’il est physiquement indestructible ; il a résisté à l’anéantissement du dedans parce qu’il est fou », c’est finalement « le spécimen humain le plus approprié au mode de vie du camp » (p. 150). Mais ces « spécimens humains méritent-ils encore le nom d’homme ?
 

 
  1. La survie morale
 
    • L’amitié
Ils sont rares, en réalité, les individus à qui l’on pouvait encore attribuer le nom d’homme, comme Steinlauf, un « homme de bonne volonté » ou Alberto, un « rare exemple de l’homme fort et doux, contre qui viennent s’émousser les armes de la nuit » (ch. 5, p. 85).
Mais c’est Lorenzo, le maçon italien, qui tient une place toute particulière : « pendant six mois, un ouvrier civil italien m’apporta un morceau de pain et le fond de sa gamelle de soupe » ; « il me donna un de ses chandails rapiécés et écrivit pour moi une carte postale qu’il envoya en Italie et dont il me fit parvenir la réponse » (chap. 12, p. 186) ; par sa bonté simple et désintéressée, cette figure pure et intègre se détache de la masse des persécuteurs et des victimes, des submergés et des sauvés, réunis par la même absence d’humanité…
« C’est justement à Lorenzo que je dois d’être encore vivant aujourd’hui, non pas tant pour son aide matérielle que pour m’avoir constamment rappelé, par sa présence, par sa façon si simple et facile d’être bon, des choses et des êtres encore purs et intègres que ni la corruption ni la barbarie n’avaient contaminé, qui étaient demeurés étrangers à la haine et à la peur ; quelque chose d’indéfinissable, comme une lointaine possibilité de bonté, pour laquelle il valait la peine de se conserver vivant » (p. 189). « Lorenzo était un homme : son humanité était pure et intacte, il n’appartenait pas à ce monde de négation. C’est à Lorenzo que je dois de n’avoir pas oublié que moi aussi j’étais un homme » (p. 190).
Enfin, juste avant la libération du camp, PL, va vivre, avec les deux français Charles et Arthur, une dernière expérience symbolique et forte. Ils ont créé un îlot d’entraide et de survie dans leur Block, un geste humain en jaillira, le premier depuis longtemps : le chimiste hongrois Somogyi, avant de mourir, leur donne sa « ration de pain » : le partage de ce pain marquera la « mort » symbolique du Lager et la renaissance des Häftlinge (ch. 17, pp. 267-270).
 
    • La mémoire
L’examen de chimie est l’occasion, pour PL, de vérifier que son cerveau fonctionne encore, malgré la déchéance physique : « Au fur et à mesure que je lui parle, j’ai le sentiment très fort qu’il ne me croit pas, et à vrai dire je n’y crois pas moi-même : il suffit de regarder mes mains sales et couvertes de plaies, mon pantalon de forçat maculé de boue. Et pourtant c’est bien moi le diplômé de Turin, en ce moment il m’est impossible de douter que je suis bien la même personne, car le réservoir de souvenirs de chimie organique, même après une longue période d’inertie, répond à la demande avec une étonnante docilité ; et puis cette ivresse lucide, cette chaleur qui court dans mes veines, comme je la reconnais ! C’est la fièvre des examens, ma fièvre, celle de mes examens, cette mobilisation spontanée de toutes les facultés logiques et de toutes les notions qui faisait tant envie à mes camarades. » (ch. 10, p. 164-5)
 
    • La littérature
Le chapitre 11, le chant d’Ulysse, constitue un moment clé de l’histoire : PL et un jeune juif alsacien, Jean, vont chercher ensemble la marmite de soupe. Or Jean a envie d’apprendre l’italien. Le narrateur se propose alors de lui donner sa première leçon : il lui récite et lui traduit un passage de l’Enfer de Dante. Cette évocation, source d’une grande émotion, est aussi pour le narrateur la preuve du pouvoir de la poésie : " L'espace d'un instant, j'ai oublié qui je suis et où je suis ". Cette expérience de la littérature va donner un sens au Lager et à l’entreprise littéraire de PL. (cf. leçon sur " le chant d’Ulysse ").
 
    • Le besoin de témoigner
Il faut témoigner… Mais qui pourra témoigner ? Qui en sera digne ? Certainement pas ces survivants « Organisators » qui « grâce à la prévarication, l’habileté ou la chance n’ont pas touché le fond »… Car ceux qui survivaient, en général, étaient « les pires, les égoïstes, les violents, les insensibles, les collaborateurs de la zone grise, les mouchards » alors que ceux qui disparaissaient étaient les meilleurs.
Il faut donc témoigner pour eux et ceux qui en ont seuls le droit, les véritables témoins légitimes, sont les prisonniers anonymes, ces naufragés qui touchent le fond... « Nous, devenus esclaves, nous avons fait cent fois le parcours monotone de la bête au travail, morts à nous-mêmes avant de mourir à la vie, anonymement. Nous ne reviendrons pas. Personne ne sortira d’ici, qui pourrait porter au monde, avec le signe imprimé dans sa chair, la sinistre nouvelle de ce que l’homme, à Auschwitz, a pu faire d’un autre homme. » (ch. 4, pp. 81-2).
Dès la Préface, PL a d’ailleurs prévenu son lecteur : « Le besoin de raconter aux « autres », de faire participer les « autres », avait acquis chez nous, avant comme après notre libération, la violence d’une impulsion immédiate, aussi impérieuse que les autres besoins élémentaires ; c’est pour répondre à un tel besoin que j’ai écrit mon livre ; c’est avant tout en vue d’une libération intérieure. » (Préface, p. 8).
Cette libération intérieure apportée par l’écriture est une des grandes fonctions de l’autobiographie : selon le mot du philosophe grec Aristote, l’écriture peut jouer le rôle d’une « catharsis » ; mais dans le cas de PL, l’écriture s’est révélée bien davantage encore essentielle : elle lui a permis de survivre en enfer.


survivre : pour témoigner...

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Date de création : 08/01/2011 @ 08:14
Dernière modification : 22/02/2012 @ 00:50
Catégorie : 41 ROMAN 1 : Si c'est un homme, Primo LEVI
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