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MEMOIRE A VIF de Arthur Ténor Illustration de couverture : Thierry Humbert Editions : Gulf Steam Collection : L'histoire comme un roman Date de parution : novembre 2007 Format : 19 x 13 cm |
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Maximilien dit Max est âgé de 15 ans lorsque la Première Guerre mondiale éclate. C’est un adolescent débrouillard qui vit à Paris chez sa grand-mère adoptive. Son rêve est de devenir un grand journaliste. En attendant, il passe ses vacances d’été 1914 à vendre à la criée, dans les rues, le journal Le Matin. Lorsque le samedi 1er août les affiches de la mobilisation générale sont placardées sur les murs de la capitale, Max se trouve tout heureux de participer à l’enthousiasme collectif. Pour lui, un tel événement peut servir de tremplin à son désir ardent de devenir journaliste. Il décide alors de tenir un journal dans lequel il va consigner tout ce qui lui semble digne d’intérêt. Dès le lendemain, il participe à la fièvre générale qui s’empare de la capitale : soldats mobilisés, chants patriotiques, rassemblements populaires… Au bout de quelques jours, alors que les premières manœuvres militaires semblent tourner à l’avantage de l’armée française, Maximilien envisage de proposer ses services de reporter correspondant de guerre au patron du journal Le Matin. Malheureusement, le garçon essuie un refus humiliant de la part de ce dernier qui le traite comme un vulgaire gamin irresponsable. Au même moment, on apprend que les armées françaises battent en retraite et que l’ennemi s’approche de la capitale… Mais il en faudrait plus pour décourager l'adolescent. Lorsqu’au matin du 5 septembre les échos de la contre offensive française sur la Marne se font entendre, Max apprend que le gouverneur militaire de Paris a décidé de réquisitionner les taxis parisiens pour convoyer les troupes vers le front. Ce cortège de taxis, Maximilien va le suivre en vélo avec son ami Roland. De cette expédition hasardeuse naît une solide détermination : dans quelques jours et malgré son jeune âge, Max partira à son tour à la guerre, par ses propres moyens, en vélo, et ce départ lancera sa carrière de reporter… Alors le 21 septembre, après une préparation minutieuse, il se met en route. Rapidement, il tombe sur des mouvements de troupes, tente de les approcher et de discuter avec les soldats. Mais la guerre, il la découvre au bout de trois jours avec ses premiers paysages ravagés par les bombardements. Un soir, il pénètre dans un village et entreprend de s’y installer pour passer la nuit. C’est alors qu’à 4 heures du matin, il est réveillé par un pilonnage de l’artillerie allemande. Il assiste, incrédule, à la débandade des soldats français prisonniers du déluge d’acier et, au cœur du village, au terrible spectacle des premiers soldats tués. Alors qu’il s’apprête à fuir le village assiégé, un combat au corps à corps s’engage entre un Allemand et un Français. Voyant ce dernier en mauvaise posture, Max décide d’intervenir à l’aide d’une bêche. Il frappe l’Allemand qui, l’instant d’après, est poignardé par le Français. L’adolescent et le soldat se réfugient ensuite dans une baraque où ils passent la fin de la nuit. A l’aube, les combats reprennent dans le village qui finalement est repris par les Français… Le retour au calme permet aux hommes de faire connaissance. Le soldat sauvé s’appelle Gaston. C’est un caporal auvergnat qui dirige une escouade. Max est présenté au reste du groupe comme un jeune journaliste. On l’autorise ensuite à questionner les soldats sur leur expérience. Ils évoquent avec humour leur nourriture, la vie dans les tranchées, les déluges de l’artillerie et les attaques vers les lignes ennemies. Mais Gaston ramène bien vite le jeune homme à la réalité : la guerre, c’est bien pire que ça. Justement, l’adolescent en profite pour demander à son nouvel ami de l’emmener jusqu’en première ligne pour s’y faire une idée plus juste. Après un refus qui semble sans appel, le caporal se dit qu’après tout, il vaut mieux que le jeune garçon reste sous sa surveillance. C’est ainsi que Max gagne son billet pour l’enfer… Le lendemain, la compagnie se rassemble puis se met en marche vers les tranchées de première ligne. En arrivant, ils relèvent des soldats crasseux et épuisés qui partent au cantonnement. Max est écoeuré par la puanteur qui règne dans la tranchée. Alors que Gaston lui conseille de se choisir un coin tranquille, Max insiste pour découvrir le no man’s land. Autorisé à y jeter un œil, il est horrifié à la vue des cadavres dévorés par les corbeaux. Dégoûté, il commet une première maladresse en tirant au fusil pour éloigner les charognards. Alerté par le bruit, le lieutenant demande des comptes. Gaston couvre son jeune protégé en se dénonçant à sa place. L’instant d’après, le lieutenant reçoit une balle en plein front pour avoir voulu inspecter lui-même le no man’s land… Pour la première fois depuis le début de son aventure, Max éprouve le besoin de rentrer chez lui. Ici, la vie est trop dure. Mais Gaston lui explique qu’il lui faudra patienter jusqu’à la prochaine relève. En attendant, Max parcourt la tranchée et consigne ses observations dans son carnet : les occupations des poilus vont de l’écriture de courrier aux jeux de cartes en passant par le bricolage. Mais il y a aussi des activités plus répugnantes : la chasse aux poux et aux rats ! Peu de temps après, Max subit son premier baptême du feu lors d’une attaque allemande soutenue par l’artillerie. La tranchée est retournée et Max se retrouve tétanisé. On le somme d’abandonner son crayon et d’user plutôt de son fusil. Alors, en tirant sur les ombres mouvantes du no man’s land, Max parvient à tuer son premier soldat ennemi. Une fois l’attaque repoussée, le gamin est en état de choc et reste pendant de longues minutes anéanti… La nuit venue, il retrouve son ami Gaston qui lui explique son rôle de sentinelle et la difficile mission qu’il aura à commander tout à l’heure : à la tête d’une patrouille de cinq soldats, ils devront aller couper des barbelés, à quelques mètres des tranchées ennemies. Deux heures plus tard, Max assiste, incrédule, au départ de la patrouille. Pour le jeune témoin, c’est une mission à haut risque pour ne pas dire suicidaire et, comme son ami en fait partie, il est rongé d’inquiétude. Une demi-heure plus tard, un crépitement de mitrailleuse annonce qu’ils ont été repérés. Finalement, la patrouille rentre mais il manque deux hommes, ce qui n’affecte pas le moins du monde le sous-officier, irrité surtout par l’échec de la mission. Heureusement pour Max, Gaston est sain et sauf. Mais une ultime et redoutable épreuve attend le jeune homme : celle du spectacle de la lente agonie de Martin, le dernier survivant de la patouille, blessé et prisonnier du no man’s land… C’est bien plus que ce que Max peut supporter alors, malgré l’interdiction de Gaston d’aller chercher le malheureux, l’adolescent décide de fausser compagnie au groupe pour aller le secourir. C’est en rampant que Max parvient tant bien que mal à rejoindre Martin mais le plus dur reste à faire : ramener le blessé à l’abri de la tranchée. Max y parviendra, au prix de multiples efforts puis aidé par Gaston et Lucien qui arriveront en renfort. Mais la joie sera de courte durée, les Allemands ayant repéré le sauvetage sur le no man’s land, ils engagent un terrible duel d’artillerie, aussi violent que meurtrier. Au petit matin , les tranchées sont nettoyées et le bilan est terrible. Maximilien se sent confus d’avoir provoqué un tel carnage. De plus, il est sans nouvelles de Gaston. Il tente de noyer son désespoir en écrivant ses impressions, sur son carnet. Plus tard, il retrouve ses camarades d’escouade qui entourent un soldat. Oui, c’est Gaston, c’est bien lui, son ami s’en est sorti ! L’émotion est telle que Max s’effondre sur place… La compagnie est relevée le soir même et les soldats rejoignent leur cantonnement, dans le village où Max et Gaston se sont rencontrés. Sur le chemin, Max annonce Gaston sa décision de rentrer à Paris mais ce retour sera bien vite reporté car la nuit suivante, la compagnie est réveillée en sursaut : ordre est donné de se rassembler pour aller épauler des camarades tirailleurs près d’un autre village assiégé. Finalement, l’attaque aura lieu à l’aube et la compagnie s’installe de nouveau pour quelques heures de sommeil. Au réveil, il faut mettre les baïonnettes au canon tandis que l’artillerie pilonne le village. La tension nerveuse est extrême lorsque soudain, l’officier ordonne l’assaut. Alors que les hommes de la compagnie s’élancent sous la mitraille, Gaston conseille à Max de courir derrière lui et d’imiter ses gestes. A l’approche du village, ils parviennent à tuer les deux servants d’une mitrailleuse puis ils abordent les premières maisons. Au détour d’une rue, Max est touché à la cuisse. Il parvient à se relever et retrouve Gaston un peu plus loin. Ce dernier en profite pour soigner son protégé du mieux qu’il peut. Profitant d’une accalmie, Max note une fois de plus ses impressions sur son carnet mais vers midi, les combats reprennent… C’est alors que Gaston envoie Max prévenir un groupe de mitrailleurs pour qu’ils évacuent leur position avant d’être pris au piège. Une fois arrivé jusqu’à eux, Max s’empare d’une mitrailleuse et, pris d’une soudaine fureur de tuer, il abat en rafale tout un groupe de soldats allemands. Mais le massacre qu’il provoque plonge l’adolescent dans un profond désarroi et il faut toute la bienveillance de Gaston pour lui remonter le moral : la riposte a payé, le village a été repris aux Allemands. Max et Gaston s’installent alors dans un verger à la sortie du petit bourg. Max reprend alors ses notes mais les deux compères sont surpris par un nouveau déluge d’acier : les Allemands ont décidé de liquider le village à l’artillerie lourde. Le pire, c’est qu’on ordonne à la compagnie de tenir la position ! Les deux hommes sont alors pris sous le feu des obus de gros calibre. La chute de l’un d’eux les précipite vers le néant. Gaston se relève avec une main arrachée tandis que Max est enseveli. Avec l’aide d’un soldat, Gaston parvient à dégager son compagnon puis ils appellent deux brancardiers pour l’évacuer vers un poste de secours… Tout en confiant son poignet ensanglanté à une infirmière, Gaston s’inquiète pour Max et insiste pour le voir. Le caporal découvre alors un corps inerte, allongé sur un lit. Il apprend du médecin-major que Max est plongé dans un profond coma, suite à la déflagration provoquée par l’explosion de l’obus. Puis l’adolescent est évacué vers un hôpital et Gaston n’a plus de nouvelles de lui. A l’hôpital, Maximilien sort de son coma mais demeure profondément traumatisé. Il est rendu à sa grand-mère mais reste emmuré dans un silence troublant, le regard vide, sans espoir de guérison. Lorsque Roland, son ami d’enfance, vient lui rendre visite, il ne le reconnaît même pas… Au bout de quelques mois, Gaston finit par retrouver la trace de son « fils de coeur ». Il lui rend visite à Paris, chez sa grand-mère, et lui remet le fameux carnet dans lequel Max avait noté ses impressions de jeune soldat. Pour la première fois depuis sa sortie de l’hôpital, l’adolescent semble réagir. Commence alors une longue rééducation qui, grâce à la patience de Gaston, permettra à Max de recouvrer toutes ses facultés. Il parviendra même à réaliser son rêve, celui de devenir journaliste… |
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Dans ce roman, Arthur Ténor place habilement le lecteur dans la peau d’un jeune novice, prêt à vivre toutes les aventures mais dont l’enthousiasme va rapidement être mis à la rude épreuve de la guerre et du feu. Car la guerre, ce n’est pas seulement une belle expédition comme semble se l’imaginer le jeune héros du début de l’histoire, mais une terrible machine à broyer les corps et les esprits. Du coup, sans vouloir faire l’apologie de la guerre, l’auteur nous livre une vision très réaliste des combats et notamment des horribles mutilations qu’ils infligent au corps des combattants. Mais il n’oublie pas non plus que ses personnages sont eux-mêmes des tueurs potentiels (y compris le jeune héros qu’il finit par affubler de pulsions meurtrières) et ne cherche pas à les décrire uniquement comme des victimes. Seulement, leur mentalité est imprégnée des valeurs viriles de l’époque au premier rang desquelles on trouve la haine de l’ennemi ce qui l’amène à titrer un des chapitres La fureur de tuer. Dans ce terrible contexte, les réflexions naïves du jeune garçon sur l’honorabilité de la guerre ainsi que ses prises de risque courageuses constituent un point de vue plus humain mais néanmoins désabusé sur la mort de masse. Dans cette vision très masculine de la guerre centrée sur les combats, Arthur Ténor rappelle l’esprit de camaraderie, de sacrifice et l’endurcissement des combattants mais aussi l’aveuglement des officiers pour qui les vies humaines ne sont que peu de poids en regard de leurs ambitions de carrière. Mais ce roman est aussi et surtout une belle histoire d’amitié. La complicité entre Gaston le vétéran et Max l’apprenti soldat reste le fil conducteur du récit. Au travers de leurs péripéties de combattants, Max finit par considérer Gaston comme le père qu’il n’a pas connu tandis que l’aîné guide le jeune, le conseille, le protège, l’écarte du danger par des interdictions et des ordres judicieux. Ce type de relation n’est pas qu’une vision romanesque et a sans doute dû se produire à l’époque dans les tranchées entre les plus jeunes et les plus expérimentés. Du reste, Arthur Ténor n’en est plus à son coup d’essai sur 14-18 et montre une fois de plus qu’il maîtrise bien le sujet… P. Bovyn assisté de Quentin P. |