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30 juin 2014

Comment faire tomber les élèves dans la marmite de la lecture numérique…


 
 
 
 
 


1/ Contexte


1.1 La lecture numérique : la petite utopie qui monte, qui monte...
Contrairement aux pays anglo-saxons, la lecture numérique est aux prémices de son développement en France. Témoin cette étude dans laquelle la Sofia, le SNE et la SGDL ont tenté d’élaborer un baromètre des usages du livre numérique en France (Février 2013) : (Seulement ) 15 % des français on déjà lu un livre numérique. En bibliothèque publique le tableau n’est pas non plus enchanteur : Les bibliothèques ne sont aujourd’hui que peu nombreuses (4%) à offrir un service de prêt numérique en ligne. En comparaison avec d’autres pays (Suède, Etats- Unis, Angleterre...) ce taux de pénétration reste faible. Quant au monde éducatif, Le rapport de spécialité de L’IG EVS 2013 : « les documentalistes et la lecture au collège » remarque que les actions lecture au CDI se font peu « avec » et « par » le numérique.
Pourtant ce constat pessimiste n’est que la partie immergée de l’iceberg. Il se passe bel et bien quelque chose en ce moment autour de la lecture sur numérique.

a) L’explosion de la numérisation des ouvrages permet aujourd’hui de trouver sans trop de peine des « ebooks » de grandes œuvres de la littérature gratuits et libres de droit


b) 35% des personnes possédant des appareils de lecture numérique (tablette, liseuse...) affirment lire plus de livres depuis qu’ils ont obtenu leurs dispositifs (selon un récent sondage réalisé pour USA TODAY et Bookish)

c) Dans les établissements on constate une inéluctable montée en puissance des appareils nomades. Les projets « tablettes » , « liseuses », « Smartphones » se multiplient dans les conseil d’administration, à tel point que les spécialistes prévoient une cohabitation pérenne entre les postes fixes et les tablettes.


C’est une bonne nouvelle pourrait-on se dire ? Oui et non, car le matériel ne fait pas l’usage. Les modèles d’universalité et de gratuité majoritaires sur internet laissent apparemment l’élève-internaute libre de se passer de la bibliothèque en ayant un accès direct à la source primaire. D’où l’importance d’afficher la plus-value des services documentaires dans les établissements. Google ayant fait oublier aux élèves l’intérêt de passer par des catalogues traditionnels, il faut que les établissements repensent l’offre à distance mais aussi la forme de contenus.

Se pose pour les équipes la question de la politique documentaire "Quels services documentaires numériques offrir à la communauté scolaire sous peine qu’elle ne déserte les CDI ?" La bibliothèque numérique nomade dans les établissements sera une utopie ou ne sera pas.


Dans cet article nous allons aborder deux manières d’anticiper et d’impulser la demande autour de la lecture numérique. Une expérience qui se situe au niveau d’un établissement et une expérience qui se situe autour d’un pilotage académique.

2 ) Politique d’acquisition : Développer une offre documentaire de livres numériques pour le CDI
2.1 Une impulsion académique comme réponse à beaucoup de questions
La plupart du temps, quand un professeur documentaliste s’intéresse à l’intégration de livres numériques de fiction dans une base documentaire, il se pose la question en termes d’obstacles : où les trouver ? Ai-je le droit de les mettre à disposition ? Sont-ils de qualité égale ? Quel format ? Est-ce chronophage ? Où les héberger ? Comment les mettre dans mon logiciel documentaire ? Quels partenariats établir ? Comment les mettre en valeur ?


La réponse à ces questions, nous semble t-il, est le mot « pilotage ».
- Piloter pour permettre à chacun de ne pas réinventer les mêmes choses dans son coin.
- Piloter pour « mettre en vitrine » les outils qui font gagner du temps.
- Piloter pour impulser les pratiques dans les établissements.

Ainsi quand a été annoncé le thème de ce TRaAM 2012-2014 « des nouvelles pratiques de lecture » l’idée est venue de créer une bibliothèque commune à tous les documentalistes de l’académie. En plus de mettre à disposition des livres numériques libres de droit comme le font beaucoup de plate-formes, cette bibliothèque y adjoindrait certaines plus-values en lien avec les acteurs autour de la lecture :
Besoins des élèves :
- En impulsant des pratiques actuelles de lecture
- En mettant en vitrine par le biais du numérique des ouvrages souvent délaissés au format papier sur les rayons du CDI
Besoins de l’établissement :
- En mettant sur la table du conseil pédagogique la question de politique documentaire sur la part d’acquisition entre le numérique et le papier
- En faisant entrer des ressources numérique dans l’établissement par un biais autre que l’entrée disciplinaire, plus affectif, qui peut être aura un autre regard et une autre attention de la part des équipes
Besoins des enseignants :
- Offrir un outil supplémentaire aux professeurs de français pour impulser les pratiques de lecture
Besoins du professeur documentaliste (et souhait du chef d’établissement) :
- En ajoutant à chaque livre numérique téléchargé sa notice descriptive au format XML.
- En permettant de manière rapide et légale d’enrichir la base documentaire par un important volume de fictions (nous pensions là aux CDI qui viennent de se créer ou aux CDI à petit budget)
- En offrant des ouvrages numériques de qualité, correspondant aux programmes et aux besoins des équipes
- En mettant au point des procédures d’insertion techniquement faciles
- En mettant à disposition sur un site institutionnel (gage de pérennité) une interface de recherche qui permette des requêtes « fines » ou de téléchargement par lot
- En choisissant de ne travailler que sur des ebooks libres et gratuits nous nous affranchissons de l’épineuse question du prêt d’un document numérique


3) Gestion documentaire : Intégrer des livres numériques à la base documentaire du CDI
3.1 Vu du site académique : naissance du projet LiLi (Livres Libres)
D’un côté les œuvres tombées dans le domaine public, œuvres de plus de soixante dix ans pour la France, constituent un fonds réellement immense et couvrent entièrement, en littérature par exemple, ce que l’on appelle communément « les classiques ». Le fichier informatique (pdf, epub, etc) d’une œuvre tombée dans le domaine public n’est, lui, pas obligatoirement libre, mais il existe fort heureusement de nombreux projets qui proposent des ebooks libres et gratuits...
D’un autre côté, depuis quelques versions déjà, le logiciel documentaire BCDI propose le catalogage de livres et périodiques numériques (Type de document : Ressource en ligne ou Ressource électronique), choix qui apparaît de manière très lisible maintenant dans les réponses lors d’une recherche dans le portail Esidoc.





C’est pourquoi nous avons imaginé une bibliothèque, ou plutôt un catalogue, de livres numériques libres et gratuits accompagnés de leur notice BCDI. La plus-value réside d’une part dans la sélection des titres que nous opérons en fonction des programmes, de projets pédagogiques, et de la qualité même de la numérisation, d’autre part dans la notice BCDI qui est téléchargeable librement



3.2 Organisation
Pour mener à bien ce projet nous avions besoin de constituer une équipe de documentalistes pour à la fois prolonger la réflexion que nous avions entamée, et commencer à alimenter la bibliothèque en ebooks et notices. Nous avons décidé, pour la première année, de proposer le projet à trois bassins d’éducation et de formation, ce qui a constitué une équipe d’environ vingt cinq documentalistes. De même, nous avons décidé de ne travailler, pour cette première année, que sur un format, le pdf et qu’à partir d’une seule plate-forme d’ebooks : Ebooks libres et gratuits
En plus des réunions de bassin, nous nous sommes appuyés sur notre plate-forme collaborative (Form@zur), sur laquelle nous avons déposé un guide de saisie et un tableau partagé de répartition des tâches.
Nous avons finalement retenu la chaîne suivante :

1. un professeur documentaliste choisit un ebook sur Ebooks libres et gratuits
2. il renseigne le tableau partagé sur Form@zur en indiquant l’adresse du livre
3. le livre est déposé dans la médiathèque de Doc@zur (Spip) il a donc une nouvelle URL
4. la nouvelle URL est indiquée dans le tableau partagé
5. le professeur documentaliste saisit sa notice avec cette nouvelle adresse
6. il envoie sa notice BCDI (xml)
7. la notice est intégrée à LiLi et prend la forme d’une fiche à laquelle sont associés le fichier du livre (pdf) et la notice BCDI (xml)


3.3 Un peu de technique
D’un point de vue technique, le projet reposait sur quelques impératifs :

o une bibliothèque en ligne (accès public)
o proposer au téléchargement des fichiers pdf, epub, xml
o importer et gérer des données issues de notices BCDI (xml)
o proposer un moteur de recherche


Nous avons très vite décidé de nous appuyer sur le site disciplinaire des documentalistes de l’académie de Nice, Doc@zur, site fait à partir du CMS Spip et qui

o gère des objets de publication (articles, brèves, etc)
o gère une médiathèque
o repose sur une base de données
o comporte un moteur de recherche interne très efficace


Nous avons pris le parti d’utiliser au mieux les fonctionnalités du CMS Spip déjà existantes en intégrant les champs « BCDI » à la base de données du CMS. Notre stratégie de développement s’est concentrée sur :

o la conversion de données de xml en csv, car il existe un plugin « cvs_import » pour Spip
o la création d’un nouvel objet de publication, l’Ebook, sur le modèle d’un Article
o l’adaptation du moteur interne de recherche


Pour ce faire nous avons réalisé un plugin pour Spip qui a plusieurs fonctions

o Création et déclaration d’une nouvelle table « Ebook » dans la BDD de Spip, reprenant les champs d’une notice BCDI
o Création de l’interface de gestion de la bibliothèque dans la partie privée du site
o Création des pages affichant la bibliothèque dans la partie publique
o Définition de la pondération pour le moteur de recherche


Les données représentent véritablement l’enjeu principal du projet LiLi : le fait d’avoir intégré les données BCDI à la base de données permet une réutilisation aisée, nous avons ainsi ajouté un flux OPDS (Open Publication Distribution System), un flux atom en fait, qui permet de naviguer dans le catalogue depuis son smartphone ou sa tablette...

3.4 Perspectives


d’un point de vue technique :

o Permettre l’importation des notices directement en xml dans la base de Doc@zur
o Terminer et améliorer les pages publiques
o Proposer la gestion de paniers
o Améliorer le plugin (stabilité)


d’un point de vue organisationnel :

o Proposer le projet à d’autres bassins de l’académie de Nice
o Augmenter le nombre d’administrateurs
o Travailler à partir d’autres plate-formes qu’Ebooksgratuits
o Ajouter le format epub
o Définir les lots de notices téléchargeables
o Publier la bibliothèque et le plugin
o Des perspectives d’acquisition s’ouvrent à nous pour les œuvres étrangères, voire une œuvre et ses traductions, voire les versions audio

Accéder à LiLi

4) Des partenariats : Communication et tissage pour mettre en valeur les livres numériques
4.1 Un tissage pour faire vivre le projet de bibliothèque numérique
Au cœur du projet TRAAM cette année est bien sûr la notion de partenariat extérieur.
On ne peut pas développer un service numérique innovant sans mettre en application le sens premier du mot « complexité ». Edgard Morin définit étymologiquement le terme : « complexus » en latin comme les différents brins de fils qui s’enchevêtrent et composent le tissu. A plusieurs on arrive à faire des choses de bien plus grande envergure et bien plus solides que seul (c’est un poncif, mais pas tant que ça).
Je crois que sur ce projet nous avons travaillé avec tous les partenaires possibles dans et hors Education Nationale. Bien sûr certains partenariats ont été plus riches que d’autres, mais cela a pourtant démontré qu’autour du thème de la lecture numérique tout le monde est prêt à discuter, même si au final les collaborations n’aboutissent pas toujours.
Au titre des partenariats qui nous ont permis de réaliser ce projet nous pouvons citer :
A l’échelle Education Nationale : les corps d’inspection et la DANE pour les heures de concertation mises à disposition, les collègues professeurs documentalistes impliqués dans le réseau des bassins (Toulon, Hyères, La Seyne) qui ont permis la mutualisation de notices, le réseau CANOPE Nice pour son aide et pour la visibilité au-delà de notre académie
Hors Education Nationale : La plate-forme Ebooks libres et gratuits, qui a envisagé avec beaucoup de gentillesse le partenariat avec l’Education Nationale et nous a autorisés, au-delà même de sa charte d’utilisation, à expérimenter sa plate-forme.

Conclusion
Bien sûr il reste du chemin à faire avant que la lecture numérique ne soit complètement intégrée dans les bases documentaires des établissements.
D’abord les éditeurs doivent asseoir un modèle économique cohérent pour se lancer pleinement dans ce marché naissant. Et puis reste la question des comportements de lecture des élèves. Si les études ne prévoient pas de rupture brutale, on peut néanmoins se poser la question de l’attachement au livre papier qui reste fort, même si ce jeune public est déjà habitué à lire sur écran, en particulier avec internet... Nous n’avons pas assez de recul pour être certain de ce qui va se passer et quand cela va avoir lieu, mais par contre nous savons que chacun à notre échelle, nous sommes prêts.
 
(Voir aussi dans le cadre de la mutualisation inter-académique l’article d’Emmanuelle Mariaud : S’ouvrir à la lecture numérique ! un défi innovant pour le CDI) [ Voir l’article ]

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