Thrène à la mémoire des victimes d'Hiroshima


Krzysztof Penderecki né en 1933
« Vous pouvez considérer ma musique comme une confession sans que j'y voie d'inconvénient. Sous ce rapport, je suis un romantique »

Le compositeur

  Né le 25 novembre 1933 près de Cracovie, en Pologne, Penderecki se signale par une originalité qui tient à son attachement à de fortes valeurs spirituelles dans le cadre des plus audacieuses innovations stylistiques.
  Compositeur et chef d'orchestre, Penderecki s'attache, dans les années soixante , de façon singulière,  à l'effectif de l'orchestre à cordes . C'est d'ailleurs « Thrène à la mémoire des victimes d'Hiroshima »qui lance définitivement le compositeur dans sa carrière internationale.
  En 1967 il compose son « Dies irae, oratorio d'Auchwitz », à la mémoire des victimes des camps de concentration.

L'évènement

  Le 6 aout 1945, à 8h15, le bombardier B29 Enola Gay largue sur le port d'Hiroshima la première bombe atomique, tuant immédiatement environ 70 000 personnes, et encore 70 000 dans les jours et les mois qui suivirent, à cause des radiations.


L'oeuvre

  Le thrène dansé de la Grèce antique accompagnait le rite funèbre. Il a ressurgi au xxème siècle  avec « Threni » de Stravinsky qui date de 1958 et précède donc immédiatement l'ouvrage de Penderecki.(1961)


 «  Thrène à la mémoire des victimes d'Hiroshima » ( à l'origine intitulé « 8'37 » en référence à la durée du bombardement)  ne présente pas une détermination formelle très précise: le plus simple est de le concevoir - assez proche du poème symphonique – comme une suite de trois épisodes variés et évocateurs, soit un principe ABC.
 L'effectif instrumental regroupe 52 instruments à cordes: 24 violons, 10 altos, 10 violoncelles et 8 contrebasses.

  Partie A  L'oeuvre s'ouvre de façon brutale, par des stridences extrémes, des vacillements de trémolos, d'énormes écarts d'intensité, manifestation tragique d'épouvante après l'explosion de la bombe. Puis, les divers pupitres se bousculent dans une métamorphose de timbres, signifiant le chaos et le dérèglement. Survient une plage de répit apparent, avec des clusters (« grappes » serrées de notes) qui suggèrent l'appel des sirènes. S'égrènent alors des sons – le compositeur utilise le quart de ton – qui s'imbriquent jusqu'à former un sourd grondement, plainte immense de la ville martyre, dont l'intensité décroît jusqu'à la complète dissolution, marquée par un silence de plusieurs secondes.
  Partie B  Section la plus complexe de l'oeuvre,elle  fait appel aux ressources du dodécaphonisme tout en pulvérisant la cohérence du tissu musical: peut-être le musicien a-t-il voulu donner l'image d'une société condamnée à l'autodestruction?
  Partie C  Peu à peu,  sur les plaintes hallucinantes des cordes graves, les stridences reviennent, les hauteurs précises se noient, la tension monte jusqu'à un insoutenable degré. Une brève fracture de silence et soudain s'écroule un monstrueux cluster terminal, évoluant au gré d'une longue et progressive extinction, chant d'anéantissement de toutes les forces créatrices.
 
 Utilisation des instruments:
   La couleur sonore: Penderecki utilise une très grande variété de timbres créés en diversifiant à l'extrême les modes de jeu des instruments à cordes. Afin de les écrire, il crée un code qu'il nous livre à la première page de la partition:

  Il utilise aussi les codes habituels:
 
 Ord  : ordinario (normal)
 S. P. : Sul  ponticello (près du chevalet)
 S. T. : Sul tasto (sur la touche)                                                                                                                                               
 C.L. :Col legno (avec le bois de l'archet, technique utilisée par Berlioz dans la symphonie fantastique en 1830)                                                                                                                                                      
  L. Batt. :legno battuto (frappé avec le bois)                                                       
 
    Eléments musicaux
    Penderecki utilise différents procédés :
    Les clusters: entassement de sons voisins joués simultanément: le résultat obtenu est une masse sonore.
    Les glissandi: faciles à exécuter sur les cordes frottées, il suffit de faire glisser son doigt sur la corde pour faire « glisser » le son vers l'aigu ou le grave

Plan géneral de l'oeuvre: l'écriture n'étant pas mesurée, Penderecki donne des indications de durée en secondes



Thrène à la mémoire des victimes d'Hiroshima





Préparatif pour le lancemant de la Bombe





"Hiroshima mon amour"
Film franco-japonais d'Alain Resnais, Scénario de Marguerite Duras
A la fois poème d'amour et de mort, ce film est une évocation de la 1ère bombe atomique lancée sur la ville et appelle à la réconciliation entre les peuples. Ce film, comme "Nuit et brouillard." participe du devoir de mémoire.


Ressources:Gérard Denizeau: "Vers une nouvelle histoire de la musique", Wikipedia, Documents pédagogiques divers, Extraits sonores et video Youtube