Anthropocentrisme

Nous allons nous aventurer dans un domaine qui n'est pas tout à fait le nôtre, celui de la philosophie. Ce sera une intrusion bien modeste et le lecteur voudra bien nous pardonner nos insuffisances dans ce domaine. La raison de cette intrusion est que l'on ne se penche pas sur les développements de l'astronomie et de l'astrophysique, sur ses succès et ses erreurs, sans en tirer quelques leçons utiles aux développements futurs.

Il est impressionnant de voir à quel point la nature s'est jouée de nous tout au long des siècles. Faisons un inventaire rapide. Tout d'abord, la course du Soleil. Il paraît évident que la Terre est immobile et que le Soleil se déplace dans le ciel. On ne ressent aucun mouvement et le Soleil change bel et bien de position. Il fallut des siècles et d'innombrables débats pour arriver à la conviction qu'il est préférable de considérer le Soleil comme immobile, avec une Terre orbitant autour de lui.

L'homme était-il guéri pour autant de cet anthropocentrisme forcené qui lui faisait croire que le monde tournait autour de lui. On aurait pu le penser, mais les faits semblaient, une fois de plus, montrer le contraire. Quand, avec W. Hershell, l'homme a essayé de se situer par rapport à notre Galaxie, les observations ont montré que notre Soleil était au centre de notre Galaxie. Par chance, les amas globulaires qui forment un halo autour de notre Galaxie, allaient permettre à H. Shapley de corriger cette erreur. Notre Soleil n'occupe qu'une position anodine dans notre Galaxie. Il est sur un bord.

Qu'à cela ne tienne, notre Galaxie semblait être la reine de l'Univers. Notre Galaxie était l'Univers. Les observations erronées pour estimer les distances et les mouvements des autres nébuleuses confortèrent un temps cette vision. Mais bientôt, grâce aux précurseurs comme Lundmark ou Hubble, il fallut se rendre à l'évidence, notre Galaxie n'était qu'une galaxie comme des milliers d'autres, plus lointaines, bien plus lointaines.

Mais la nature n'en avait pas fini de nous créer des illusions. Quand Hubble découvrit l'expansion des galaxies, l'expansion générale de l'univers, il sembla un temps que notre Galaxie occupait curieusement le centre de ce gigantesque mouvement d'expansion. Où que nous regardions, les galaxies nous fuyaient et ce d'autant plus rapidement qu'elles étaient plus lointaines.
Heureusement, la conception de l'univers offerte par la théorie de la Relativité Générale allait nous fournir des modèles qui, pour une fois, nous permettraient de comprendre l'illusion. C'est l'exemple du ballon que l'on gonfle et dont chaque point de la surface voit les autres points le fuir. Chaque point se croit au centre de mouvement d'expansion de la surface du ballon.

Nous sommes sans doute guéri de cet incorrigible anthropocentrisme. En est-on bien sûr, nous qui parlons de Notre Univers, comme s'il était unique ? N'est-ce pas une autre illusion ? Il est difficile de répondre car nous sommes aux limites de nos moyens d'investigations. Mais l'anthropocentrisme ne peut-il pas apparaître sous une autre forme, comme ce que nous avons appelé, "l'anthropogonisme", croyance que le but de l'univers était de faire apparaître l'homme ?