La lumière cendrée de la Lune

 

"... Découvrons la chose plus clairement. La Lune dans les conjonctions, quand elle se trouve entre le Soleil et la Terre, est inondée par les rayons du Soleil à son hémisphère supérieur, détourné de la Terre, tandis que son hémisphère inférieur, par où elle regarde la Terre, est recouvert de ténèbres ; elle n'éclaire donc absolument pas la surface terrestre.
La Lune, qui s'est éloignée peu à peu du Soleil, est désormais illuminée sur une certaine partie de l'hémisphère inférieur orienté vers nous, elle tourne vers nous des cornes blanchissantes, quoique ténues, et elle éclaire légèrement la Terre ; l'éclairement solaire croît sur la Lune qui parvient désormais à la quadrature, et le réfléchissement de cette lumière augmente sur la Terre.

La clarté s'étend encore sur la Lune au-delà du demi-cercle, et nos nuits resplendissent plus brillantes ;enfin la face entière de la Lune, du côté où elle regarde la Terre, est irradiée par les plus brillantes lueurs venues du Soleil en opposition, la surface terrestre luit de partout, inondée par la clarté lunaire ;
ensuite la Lune qui décroît nous envoie de plus faibles rayons, la Terre est illuminée plus faiblement ; la Lune se hâte vers la conjonction, la nuit noire envahit la Terre.

C'est donc selon un tel cycle que la clarté lunaire nous dispense tour à tour ses illuminations de chaque mois, tantôt plus brillantes, tantôt plus faibles mais le bienfait est équitablement rendu par la Terre. En effet quand la Lune se trouve sous le Soleil aux alentours des conjonctions, elle regarde en arrière la surface entière de l'hémisphère terrestre exposé au Soleil et illuminé de vigoureux rayons, et elle reçoit de la lumière réfléchie par cette surface ; et par conséquent, grâce à un tel réfléchissement, on voit luire assez fort l'hémisphère inférieur de la Lune bien qu'il soit privé de la lumière solaire.
La même Lune, quand elle s'est éloignée du Soleil d'un quart de cercle, regarde seulement une moitié éclairée de l'hémisphère terrestre, à savoir l'occidentale, car l'autre moitié orientale est obscurcie par la nuit ; donc la Lune elle aussi est moins brillamment éclairée par la Terre, par conséquent cette lumière secondaire qui est la sienne nous apparaît plus faible.

... Dans ses différentes positions par rapport à la Terre et au Soleil, elle reçoit plus ou moins de lumière de la réflexion terrestre, selon qu'elle regarde une portion plus ou moins grande de l'hémisphère terrestre illuminé ; cette règle s'observe en effet entre ces deux globes qu'aux moments où la Terre est le plus éclairée par la Lune, alors la Lune est en échange le moins illuminée par la Terre, et vice versa...

 

...Bien plus, la Terre, par un échange équitable et reconnaissant, rend à la Lune elle-même un éclairement égal à celui qu'elle reçoit de la Lune presque en tout temps dans les profondes ténèbres de la nuit. "

Galilée
Le messager céleste